Une séparation

Jodaeiye Nader az Simin
D’Asghar Farhadi
Sortie le 8 juin 2011

Ca vaut le détour

Premier plan : une femme et son mari sont assis l’un à côté de l’autre mais, même sans la voir, on décèle aisément cette barrière imaginaire qui sépare ces deux êtres. Le couple est sur le point de divorcer. Et si la raison qui les poussait à cette séparation n’était pas la volonté de la femme de quitter son pays, l’Iran, on pourrait très bien imaginer la même scène en France. Cette première séquence est comme une première esquisse de ce que va être le film, un subtile mélange entre un discours aux résonances universelles et le tableau politique et social d’un pays.

La partie la moins réussie du film est surement sa mise en place. Même si l’on comprend par la suite la nécessité de cette introduction, au début on a un peu peur qu’Une séparation ne soit qu’une simple chronique sociale trop classique. Il ne se passe effectivement pas grand chose, à part voir un homme confronté aux difficultés de son quotidien après le départ de sa femme. Mais après une demi-heure le film prend une tournure inattendue et fait alors plus que raviver l’intérêt du spectateur.

Un événement vient en effet bousculer ce quotidien et bouleverser la vie de tous les protagonistes. Le film prend alors des allures de thriller, Farhadi trouvant ainsi le bon moyen de dynamiser son drame social. Plus qu’habilement le réalisateur capte toute la complexité de l’Homme entre quête de vérité, culpabilité, dignité, amour, remise en question, religion, argent ou encore pragmatisme. Le spectateur se trouve incessamment balloté entre les considérations et les émotions de tous les protagonistes. Farhadi ne ménage pas son spectateur (presque jusqu’à saturation parfois), qui ne cesse de se poser des questions, revoit constamment son jugement, et ne trouve finalement dans tout ça aucune réponse préconçue. Mais ce message universel est aussi un moyen pour Farhadi de dresser le portait de l’Iran d’aujourd’hui. A travers ce fait divers, il se fait se répondre deux classes que tout oppose, image d’un pays où la modernité cohabite avec des traditions religieuses ancrées, où de fortes disparités sociales existent, où les femmes ne sont encore pas l’égal de l’homme.

Si Farhadi s’avère être un scénariste hors pair, il n’en est pas moins un grand metteur en scène. Derrière une esthétique au premier abord réaliste et simpliste, se cachent des choix extrêmement judicieux de cadrages, par lesquels le réalisateur oriente l’œil du spectateur pour appuyer le message de chaque scène. Grand directeur d’acteur, il tire le meilleur de ses comédiens, tous d’une étonnante justesse, et auxquels la réussite du film doit beaucoup. Berlin ne s’est pas trompé en récompensant ce casting remarquable et cet œuvre à l’indéniable très grande qualité cinématographique.

8 Responses

  1. neil

    Ah oui, ça vaut carrément le détour. Ce thriller social dépeint la société iranienne de façon très juste. La mise en scène regorge de bonnes idées qui rend le spectateur aux aguets. Un très joli film.

    18 juin 2011 at 10 h 58 min

  2. Wilyrah

    Tout le monde en dit du bien, mais pour l'instant, je ne me sens pas prêt à voir ce genre de films au milieu d'un mois de juin très intense. Davantage besoin de m'aérer l'esprit.

    PS : quant à Medianeras, je t'ai répondu sur mon blog ;)

    19 juin 2011 at 19 h 50 min

  3. mymp

    Bon beh là sur ce coup, pas besoin d'être méchant ;) Le film mérite amplement tous les éloges qui fleurissent un peu partout (dans la presse, sur la blogosphère…). J'ai eu du mal moi aussi pendant la première demi-heure, on s'intéresse sans se passionner, et puis soudain tout dérape, et là ça devient brillant. Du coup, rétrospectivement, cette première partie se retrouve revaloriser parce qu'elle pose, l'air de rien, pas mal d'enjeux importants pour la suite, haletante.

    19 juin 2011 at 21 h 29 min

  4. Gabriel

    Décidément, tout le monde a l'air de l'adorer, cette séparation…

    20 juin 2011 at 8 h 47 min

  5. Squizzz

    @ Wilyrah : beaucoup, trop même, de films alléchants ce moi-ci en effet ! "Une séparation" n'est pas très estival, en effet, mais garde le dans un coin de ta tête pour le découvrir quand viendra l'automne ou l'hiver…

    @ tous les autres : c'est pas drôle quand tout le monde est d'accord !

    20 juin 2011 at 19 h 00 min

  6. Dom

    Je l'ai trouvé bon mais je n'ai pas été ébloui par les cadrages. Je pensais qu'avec le premier plan, il favoriserait les plans fixes mais malheureusement non. C'est dommage. Je trouve d'ailleurs que les deux meilleurs plans du film sont au début et à la fin, appuyant sur cette séparation.

    21 juin 2011 at 16 h 28 min

  7. Squizzz

    Effectivement ces deux plans évoquent assez bien cette séparation, et se répondent l'un à l'autre, mais s'ils marquent autant c'est peut-être aussi parce que Farhadi n'abuse pas du procédé à d'autres moments.

    22 juin 2011 at 17 h 49 min

  8. Jérémy

    Je suis (une fois n'est pas coutume) tout à fait d'accord. L'exposition a un peu de mal à se mettre en place, mais après quelle réussite ! J'ai beaucoup aimé.

    29 juin 2011 at 17 h 15 min