Passionnant Passé

le passé affLa rencontre d’Asghar Farhadi avec le cinéma français sonne comme une évidence. L’analyse des comportements humains, des liens entre les êtres, chère au réalisateur, est également une tradition bien ancrée dans le cinéma hexagonal. A l’image d’Une séparation, le réalisateur tisse à nouveau avec Le Passé une toile de la société contemporaine et de ses travers, en partant d’un événement du quotidien. Ainsi le scénario débute ici comme un drame moderne relativement banal, avec le retour en France d’un iranien, revenu à la demande de sa femme pour divorcer, cette dernière souhaitant se remarier. Là où on pouvait s’attendre à une confrontation sentimentale dans un triangle amoureux, Asghar Farhadi, dont la plume n’a d’égal que le maniement de la caméra, nous emmène dans une toute autre direction. Le film se transforme petit à petit en une sorte de tragédie grecque montée à l’envers, où chaque événement nous ramène inévitablement vers un drame passé. Mais ces multiples twists, très théâtraux, ne sont en fait qu’une succession de clés pour tenter de dénouer une équation aux multiples inconnues. Asghar Farhadi pointe ainsi du doigt une époque où le non-dit règne en maître, où chacun suppute plutôt que d’écouter et de parler.

La démonstration est donc magistrale sur le papier. Elle l’est tout autant à l’écran. Si le scénario du Passé est assez théâtral, sa mise en scène, elle, est très cinématographique. Asghar Fahradi, par ses cadres et des décors très fermés (voitures, maison…), rapproche au maximum ses personnages, leur enlève toute échappatoire et les oblige à communiquer. Le spectateur aussi se retrouve ainsi au cœur de cette intimité. Le réalisateur place son action dans la banalité du quotidien, tranchant bien avec la complexité des événements qui y naissent, et donnant également le réalisme nécessaire pour faire passer un scénario très écrit. Ce réalisme passe aussi par la direction des acteurs, d’une justesse incroyable. Bérénice Bejo, Ali Mosaffa et Tahar Rahim livrent des prestations à la fois fortes et fragiles, d’une très grande intensité et sensibilité. On peut en dire autant de la révélation Pauline Burlet, éblouissante.

Le Passé est un film complexe dans ce qu’il décrit, mais sa mise en scène et son interprétation font couler les choses avec une étonnante facilité, et transporte le spectateur dans un tourbillon d’émotion plus que de réflexion. D’ailleurs le plan ultime du film, magnifique, n’est pas la conclusion d’une dissertation, mais bien l’explosion d’une poésie restée tapie dans l’ombre pendant tout le film.

Le Passé D’Asghar Farhadi– Sortie le 17 mai 2013 étoiles-4,5

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