Only God Forgives : Objet trop stylisé, violent, déshumanisé, sans scénario et totalement vide ?

only-god-forgives_xxlLe 5e paragraphe de la critique révèle certains éléments de la fin du film.

Cinéaste plutôt radical, Nicolas Winding Refn avait, contre toute attente, réussi à populariser son nom (et celui de Ryan Gosling) il y a deux ans avec le très grand Drive, auréolé d’un prix de la mise en scène à Cannes. Délaissant le film de commande, il revient à un cinéma plus personnel, et donc sans concession. Et, logiquement, le film divise, ce qui dans un sens est toujours gageur d’une certaine qualité, ou tout du moins d’une prise de risque, devenue de plus en plus rare dans le cinéma actuel. « Objet trop stylisé, violent, déshumanisé, sans scénario et totalement vide. » Voilà en gros la principale critique faite par les détracteurs du film. Un avis que je respecte, mais que je vais quand même tenter de démonter ;)

Dans la ligne primaire de son synopsis, Only God Forgives narre une sombre histoire de vengeance dans les milieux criminels de Bangkok. Histoire de règlements de compte en série mêlant voyous et flics à l’excès de zèle. Simple oui, classique surtout, c’est la même que celle de la plupart des films noirs qui déferlent à la pelle sur les écrans. Et comme ces mêmes films noirs, Only God Forgives est violent. Seulement la violence est souvent choquante chez NWR, c’est vrai, parce qu’elle n’est jamais banalisée comme dans l’entertainment hollywoodien, et parce qu’elle est souvent l’extériorisation de la violence intérieure qui anime ses personnages.

Only God Forgives est donc, en apparence, un polar noir au scénario assez classique. La différence tient juste en sa narration. Aux longs discours, NWR préfère le visuel et écrit, une fois n’est pas coutume, son film par l’image. Très peu de dialogues donc, mais une composition rigoureuse des plans et une science du montage incroyable, pour interconnecter (ou isoler) ses personnages et faire se répondre les différents éléments de son histoire. Plus classiquement, mais ici avec une maestria incroyable, le travail sur la lumière et le son permet de créer des ambiances indispensables à l’impact du film. Comme il l’avait fait avec Los Angeles pour Drive, il s’approprie ici la ville de Bangkok pour la modeler à l’atmosphère de son film, une sorte de cauchemar éveillé. Les scènes de jours ou de rue, par leur réalisme, contrebalancent magnifiquement avec les séquences d’intérieur/nuit éclairées aux néons, d’un grand onirisme.

Partant de ce constat, il apparaît alors que Only God Forgives n’est plus vraiment qu’une simple histoire de vengeance, mais avant tout le voyage intérieur de Julian, Œdipe des temps moderne vivant sous le joug d’une mère castratrice, et à la recherche d’une échappatoire. L’ambiance de cauchemar éveillé, cette façon de faire se superposer réel et onirisme, vont dans le sens d’une vision subjective. L’utilisation récurrente des surcadrages implique plusieurs dimensions de lecture. Les travellings dans les couloirs, récurrents également, évoquent ce voyage intérieur. L’atmosphère angoissante globale du film, appuyée par une mise en scène rigide, géométrique, ramène à l’état d’esprit tourmenté de Julian. Les séquences qui se répondent, le fil conducteur de la symbolique des mains, sont autant de choses qui amènent dès le début le film à se pencher avant tout sur Julian alors même que, scénaristiquement parlant, tout n’est pas dévoilé.

Dès lors, la déshumanisation des personnages secondaires devient relativement logique, chacun devenant alors plus la projection symbolique que s’en fait Julian. L’énigmatique flic Chang, justicier ultra-violent, revêt une double image pour Julian, à la fois celle du père, et celle de cet homme qu’il n’est pas. Une figure à laquelle il est en opposition mais qui va finalement se substituer à ses mains paralysées, pour le défaire de son monde castrateur. Les deux séquences du climax du film, montées en parallèle, évoquent cette connexion. Tandis que Julian se retrouve dans la maison de Chang (qu’il est censé tuer) et qu’il épargne sa fille, celui-ci est en train de tuer la mère de Julian dans sa chambre d’hôtel. Les deux séquences se réunissant dans leur conclusion quand Julian ouvre le ventre de sa mère avec le sabre de Chang. La scène finale confirme ce lien entre les personnages, tout en laissant ouvert le champ des possibilités, comme le fait d’ailleurs tout le film…

Parce qu’il est atypique, parce qu’il est radical dans ses partis-pris, Only God Forgives est un film qui peut laisser de marbre, que l’on peut ne pas aimer. On peut trouver que NWR en fait trop, on peut trouver l’ensemble rigide, sans âme, on peut trouver le symbolisme peu subtil, et j’en passe. Il n’y a qu’un qualificatif qui me paraît difficilement coller au film, celui de « vide ».

Only God Forgives De Nicolas Winding Refn Sortie le 22 mai 2013 étoiles-4

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2 Responses

  1. Je n’avais pas ce rapprochement entre le flic et le personnage de Gosling…pourquoi pas… en tout cas, je suis tout à fait d’accord, ce film est tout sauf vide, j’ai également beaucoup aimé !

    27 mai 2013 at 18 h 58 min

    • Squizzz

      Le film ouvre à beaucoup de lectures possibles, celle-ci est la mienne ;)

      28 mai 2013 at 19 h 15 min

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