Pas grand chose à sauver

On m’a « forcé » à regarder Dirty Dancing

Tout a commencé par un « Quoi !?! t’as jamais vu Dirty Dancing ??? Mais c’est (cu)culte ! ». A ce moment-là mon statut de cinéphile ouvert d’esprit m’oblige à répondre « Bah… si j’en ai l’occasion, je le regarderai ». Ni une, ni deux, les agendas sont de sortie pour caler une date. Naïvement, je propose : « Justement, y’a une reprise au ciné pour les 25 ans du film » « Ah oui… mais non, c’est en VO. » « Ben, c’est mieux, non ? » « Dirty Dancing ça se regarde en VF sinon ça vaut pas le coup » « Ah bon… ben ok… » « En plus faut pouvoir être libre de faire des commentaires ». Je sens que ça va donner comme soirée…

Jour J. Pop-corn dans une main, verre de vin dans l’autre, tout le monde est fin prêt pour affronter « Le film culte qui a renouvelé la comédie musicale » dixit la jaquette du dvd. J’hésite un instant, puis appuie finalement sur « play » (le lecteur attentif aura remarqué que j’ai visiblement trois mains) et m’apprête enfin à combler une lacune cinématographique…

Le film n’a pas commencé depuis trente secondes que les commentaires fusent déjà, j’ai juste le temps de capter quelques bribes d’une voix-off qui nous raconte sa vie. Je vous la fait rapide : elle s’appelle Bébé, elle a 17 ans, fille de médecin, bien sous tous rapports, qui écoute bien ce que disent papa et maman… Il ne me faut pas plus que l’arrivée de sa sœur, sorte de sosie de Blanche-Neige qui s’inquiète pour ses chaussures, pour me lâcher à mon tour sur les commentaires. Bref revenons à nos moutons… Donc pour la première fois depuis longtemps (6 mois en VF, 6 ans en VO, cherchez l’erreur… on y reviendra plus tard), toute la famille part en vacances dans une sorte de Club Med version 60’s mais déjà bien désinhibé (entre la prof de danse qui balance « Le bon Dieu vous a pas donné une paire de nibards si c’est pas pour les secouer » et les animateurs qui se tapent tout ce qui bougent…) Là nous arrive un Patrick Swayze lunettes de soleil sur le nez (la scène est en intérieur/nuit…) version « j’suis trop un rebelle ». Y’a qu’à voir, il s’appelle Johnny, si c’est pas une preuve ça… Et Johnny, il s’y connaît en « dirty-dancing ». Ceux qui n’auraient encore pas compris ce qui va se passer et qui veulent garder un semblant de découverte, arrêtez la lecture ici, pour les autres allons-y à fond dans le « spoiler ». Donc forcément Bébé va s’émanciper et tomber dans les bras de Johnny, malgré la désapprobation de son père. Mais pour en arriver là, il faudra quand même que la partenaire de danse de Johnny subisse un avortement clandestin et toutes les complications qui vont avec. On saluera là l’effort d’inventivité des scénaristes qui n’ont pas trouvé plus simple pour que Bébé remplace la partenaire de Johnny. Un effort de crédibilité dans la peinture d’une époque. Crédibilité qui en prend un sacré coup cependant quand on sait que Bébé y connaît que dalle à la danse alors qu’il y a plein de bons danseurs dans la pension. Pas grave, elle va devenir une pro en une semaine. Et au passage tomber dans les bras (et le lit) de Johnny, qui lui va finir par se faire virer parce qu’il se tape encore tout ce qui bouge. Pour une fois qu’il était amoureux, c’est vraiment pas juste ! Mais rassurez-vous, tout est bien qui finit bien, Time of my life faisant des miracles dans la dernière scène.

Bon ok j’ai vraiment pas été sympa avec ce résumé subjectif à outrance et à la critique bien trop facile. En même temps, soyons honnête, Dirty Dancing n’a pas grand-chose à envier aux actuelles productions de Disney Channel qui enchantent tant les jeunes filles en fleurs et qui sont l’objet de pas mal de railleries dès que l’on a dépassé le stade de la puberté. Du coup, ma vision de Dirty Dancing ne peut être la même que celle de quelqu’un (de sexe féminin de préférence) qui l’a découvert à 10-12 ans. Ainsi de même que High School Musical restera le film culte des jeunes générations, Dirty Dancing restera celui des trentenaires actuelles (tout le monde n’a pas eu la chance de grandir avec Sauvez Willy, que voulez-vous). J’entends déjà les réactions face à cette comparaison : « Dirty Dancing c’est quand même carrément plus osé que High School Musical ! ». Soit, cependant niveau provoc on n’atteint quand même pas des sommets pour un film qui certes se passe dans les années 60 mais a été produit dans les années 80. Rappelons aussi que sur un thème similaire Grease était sorti 10 ans plus tôt et était d’un tout autre niveau, tant par son scénario que ses chansons ou ses chorégraphies. Car il faut bien l’avouer, si je ne m’attendais pas à des miracles du côté de l’histoire, j’ai été réellement déçu par le « spectacle » proposé par Dirty Dancing. Les séquences de danses sont finalement assez peu nombreuses et niveau mise en scène on lorgne du côté d’un téléfilm petit budget. Heureusement les chorégraphies sauvent la donne et sont le seul réel côté provoc du film (voir notamment la scène coupée censurée pour les moins de 18 ans sur YouTube). Jennifer Grey (et même Patrick Swayze à un niveau moindre) semble d’ailleurs carrément plus à l’aise lors des scènes de danses que dans les scènes de jeu. Normal, la production ayant avant tout choisi des danseurs plus que des acteurs.

Ceci dit, les comédiens ne sont pas aidés par la VF, et ce sera là le dernier point, mais pas des moindres, traité dans cette critique. Passons sur l’approximation de la synchronisation et sur le jeu tout aussi approximatif des doubleurs, et intéressons-nous à la traduction en elle-même. Un petit jeu sympa à faire entre amis, comparez les VO et VF de Dirty Dancing et vous verrez rapidement que les traducteurs se sont carrément lâchés dans le dialogue à deux balles. Alors après deux façons de voir les choses. Soit crier au scandale devant un non respect total de l’œuvre de départ. Soit crier au génie, en louant le travail des traducteurs qui ont transformé un film plat sans intérêt, en un vrai navet aux dialogues juste tordants.

J’espère juste que les fans de la première heure ne m’en voudront pas sur cette critique que j’avoue être quasiment dénuée d’objectivité. En tout cas, ce fût une très bonne soirée, et je ne regrette pour le coup absolument pas d’avoir enfin vu Dirty Dancing.

Dirty Dancing – D’Emile Ardolino – Sortie le 23 décembre 1987


Projet X

De Nima Nourizadeh
Sortie le 14 mars 2012

Suis-je déjà devenu un vieux con ? C’est la question que je me suis posée après avoir subit l’assez affligeant spectacle de Projet X. Heureusement, je me suis rapidement ravisé et rassuré. Je suis encore mort de rire devant Very Bad Trip (premier du nom) et côté trash je reste adepte de Skins. Donc le problème ne vient pas (que) de moi.

Si Very Bad Trip et Skins surfent sur la vague d’une génération trash et de la recette à la mode sexe + drogue + alcool, ils vont au-delà, le premier en lui donnant un caractère complètement décalé irrésistiblement drôle, le second en développant en parallèle des intrigues plus sérieuses et plus profondes. Projet X, lui, ne fait que poursuivre la chute libre des productions Todd Philipps amorcée par le deuxième opus de Very Bad Trip. Ce dernier pêchait par un manque évident d’originalité dans son scénario, tandis que le petit nouveau ne s’encombre plus d’un scénario. Michael Bacall et Matt Drake ont bien du mettre deux minutes pour écrire leur histoire (des lycéens losers décident de faire la teuf du siècle, histoire de se taper quelques filles et faire remonter leur cote de popularité) puis à peine plus de temps pour achever leur scénario. Le film enchaîne donc des événements qui ne cherchent qu’à rivaliser les uns avec les autres par du pseudo-trash qui monte crescendo dans le grand n’importe quoi. Pas une once (ou si peu) de dramatisation, au point de se demander si Projet X peut encore être considérer comme du cinéma. Si encore tout n’était pas téléphoné et déjà vu et revu. Le film ne devient original que dans sa dernière demi-heure mais pour perdre toute crédibilité. Comble du comble, les rires se font discrets dans la salle, car finalement si on ne peut pas renier que le film ose beaucoup de chose, il ne possède qu’un potentiel comique limité.

Pire. Projet X ne pêche pas uniquement par son scénario, la mise en scène est aussi emportée dans le naufrage. Allez, surfons un coup sur la vague du « found footage », ça n’a pas encore été fait pour une comédie. Et pour une bonne raison, quel est l’intérêt ??? Nima Nourizadeh a-t-il voulu par ce procédé tenté de rendre un peu crédible un scénario que ne l’est jamais ? Après on peut se poser la question de tenter de rendre plausibles de tels événements… Mais dans tous les cas c’est de toute façon loupé car ses plans ressemblent le plus souvent à des plans séquence classiques, au point d’en oublier que la caméra fait théoriquement partie intégrante de l’action. On sauvera juste de ce naufrage, les comédiens qui ont le mérite de ne pas avoir froid aux yeux pour s’être embarqués dans une telle entreprise.

Bref, plutôt que d’aller au ciné samedi prochain, invitez quelques potes et faites vous une soirée, qui ne sera peut-être pas aussi grandiose que dans le film, mais au moins vous passerez un vrai bon moment.


Paranormal activity 3

De Henry Joost et Ariel Schulman
Sortie le 19 octobre 2011

Pas grand-chose à sauver

Le cinéma fantastique aurait-il fait le tour du style « fausses vraies cassettes retrouvées » ? Il semblerait en effet que le troisième volet de la saga Paranormal activity sonne le glas du genre, tant il paraît atteindre ici ses limites. Si cette approche pouvait dérouter à l’époque du Projet Blair Witch, si elle a pu atteindre son apogée avec [Rec], peut-elle encore surprendre aujourd’hui des spectateurs rompus au genre et à ses ficelles ? Cette question, les producteurs de Paranormal activity 3 ont du se la poser, malheureusement plutôt que de rivaliser d’inventivité et de nouveauté, ils y répondent de la pire manière qui soit, en reniant au passage totalement les fondamentaux de la saga. Ils reprennent donc tous les ingrédients des deux premiers épisodes (encore une fois), mais ne trouve pas de meilleure idée pour monter d’un cran (raison d’être d’une suite…) que de recourir à des beaux effets spéciaux numériques qui plombent totalement l’effet de frayeur escompté, en le mettant au niveau des pires blockbusters de maison hantée qu’a pu produire Hollywood. Dire que Paranormal activity 3 n’installe aucun climat de tension ou d’angoisse serait exagéré, car le concept même de la saga permet de faire renaître chez le spectateur des peurs primaires qui sommeillent en lui. Il y a même quelques bonnes idées, comme cette caméra montée sur un socle de ventilateur, qui réalise un plan panoramique du salon en constant mouvement, permettant ainsi de multiplier les effets de hors-champs. Certaines séquences de nuit, en caméra fixe, s’amusent également à focaliser l’essentiel de l’action hors champs, faisant alors naître l’angoisse de l’attente et de l’inconnu. Le problème c’est que les deux réalisateurs finissent inexorablement par briser cette atmosphère en en montrant de trop, et en allant trop loin, à l’image d’un final sombrant dans le pathétique. Et puis il y a toujours cette insupportable caméra opportuniste, mais bon ça c’est presque devenue une marque de fabrique de la saga (voir la critique de l’épisode 2).

Le malheur de la saga Paranormal activity est peut-être de n’avoir pas su trouver toutes ses bonnes idées tout de suite, pour les compiler dans un premier épisode qui aurait alors pu être un grand film. Au lieu de cela c’est toujours la même histoire qui se répète, mais qui perd à chaque fois un peu plus de son intérêt et de son impact.


Habemus Papam

De Nanni Moretti
Sortie le 7 septembre 2011

Pas grand-chose à sauver

« Vide » est le terme qui semble le plus convenir pour qualifier le dernier film de Nanni Moretti. Pourtant, l’idée de départ était bonne, et offrait matière à creuser. Le premier quart d’heure est bercé par une délicieuse atmosphère où règne un mélange d’humour, de dérision et de gravité. On y voit des cardinaux qui prient pour ne pas être élus à la place suprême, un vainqueur qui fuit lorsqu’il se rend compte de l’immense responsabilité qui lui incombe désormais, et le Vatican qui décide d’engager un psy pour le sortir de cette crise. Tout ça met l’eau à la bouche, mais bon, c’était déjà dans la bande-annonce, donc on n’attend plus qu’une chose, que le film décolle. Attente bien vaine… Car Nanni Moretti tourne en rond, ne fait que répéter la même chose, et reste désespérément en surface. Du coup, l’ennui gagne au point, j’avoue, de piquer du nez…

Pourtant, le réalisateur introduit des notions qui auraient pu être intéressantes, comme la confrontation de la psychologie et de la religion. Le sujet sera à peine effleuré et juste utilisé comme outil comique (certes réussi) lors de deux ou trois scènes. Certains me diront que ce n’est pas le sujet du film. Je suis d’accord mais alors pourquoi la présence de ce psychologue pendant tout le film ? Juste prétexte à donner un rôle à Moretti et à l’organisation d’un tournoi de volley entre cardinaux (si, si !) ?

La fugue du futur Pape dans Rome est plus réussie, et crée une certaine intimité entre le spectateur et cet homme qui cherche un sens à sa vie (interprété au passage par un brillant Piccoli, tout en nuance). Mais là encore, Moretti reste en surface. Cette escapade aurait pu être le moyen d’explorer plus en profondeur le retour à la réalité et la confrontation au monde de cet homme d’Eglise de haut rang. Le réalisateur lui préfère le monde plus onirique du théâtre, idée pas forcément très originale mais pas non plus mauvaise car créant un certain décalage avec la religion. Mais encore une fois les intentions de Moretti restent assez floues et limitées.

Le film se poursuit ainsi, en demi-teinte, à force de successions de scènes pas toujours raccord les unes avec les autres. Le réalisateur semble meubler comme il peut pour tenir une durée raisonnable. Heureusement la dernière séquence donne une certaine force au final du film, en grande partie grâce à l’interprétation de Piccoli. Mais ça ne suffit pas à rattraper un film dans l’ensemble plat et ennuyeux.


London Boulevard

De William Monahan
Sortie le 8 juin 2011

Pas grand-chose à sauver

Mymp et Chris trouvent que je ne crache pas assez mon venin… eh bien cela va être réparé suite à la sélection (encore inexpliquée) de London Boulevard dans le festival de printemps (à croire que ça a été fait exprès, lol).

A part des affiches placardées partout en ville ventant Colin Farrell et Keira Knightley et le scénariste des Infiltrés (donc d’un remake, même s’il reste très bon), je ne savais rien de London Boulevard en entrant dans la salle. Me voilà donc installé dans mon fauteuil, ne sachant pas à quoi m’attendre. Une heure passe, et je ne sais toujours pas plus où William Monahan veut en venir. C’est donc l’histoire d’un mec qui sort de prison et qui va vivre avec un ancien ami voyou et se laisser entrainer dans ses combines ; puis qui va en parallèle bosser pour une star de cinéma dont il tombera amoureux ; tout en voulant venger la mort d’un sdf ; avant de se faire repérer par un parrain de la mafia. Voilà pour résumer le grand bourbier qu’est London Boulevard. D’accord tout ça va se rejoindre à la fin (et heureusement !) mais tout le film est parasité par cette impression d’une histoire qui ne se tient pas, et qui part dans tous les sens, sans une réelle trame bien définie. Du coup, on s’ennuie. D’autant qu’il n’y a rien de bien original dans ce scénario ultra-classique de gangsters et de règlements de compte.

Si déjà sur le fond, le pourtant pas mauvais scénariste (Les Infiltrés donc, mais aussi Mensonges d’Etat) William Monahan déçoit, pour sa première réalisation, il se perd aussi dans la forme. On ne sait jamais vraiment quel ton il veut adopter. Le plus souvent noir, le film lorgne aussi parfois vers la comédie et la dérision, mais tombe alors complétement à plat, car noyé au milieu de quelque chose de trop sérieux. Sans parler d’une histoire d’amour qui ne touche jamais car bien trop prévisible et trop peu développée. Les scènes intimistes sont en plus d’un cliché poussé à l’extrême. Bref même par sa mise en scène, Monahan n’arrive pas à dynamiser son scénario déjà bien maigre. Reste que le réalisateur s’avère être un directeur d’acteur assez efficace. Il faut dire qu’il est plutôt pas mal entouré.

Car oui, le casting sauve un peu le film. Colin Farrell, s’il ne trouve pas là son plus grand rôle, est encore une fois crédible dans ce personnage déprimé qui fait toujours la gueule. Passons sur Keira Knightley, reléguée pour la seconde fois cette année après Never let me go, au rang de figurante. Ce sont finalement les seconds rôles qui convainquent le plus. A commencer par David Thewlis et Anna Friel, excellents en drogués et alcoolisés chroniques complétement à côté de leurs pompes, ou encore Ben Chaplin en malfrat loser. Mais le casting est une maigre compensation face au désastreux ennui que provoque London Boulevard.


The Silent House

La Casa Muda
De Gustavo Hernandez

Sortie le 16 mars 2011

4/20

Ca débute par un fameux « inspiré de faits réels », très à la mode en ce moment. Les-dits faits : dans les années 1940, les corps de deux hommes furent retrouvés dans une ferme, ainsi que d’étranges photos. C’est un peu maigre comme base, alors Gustavo Hernandez et Gustavo Rojo se disent qu’en rajoutant une nana qui pleure et qui déambule dans la maison, d’étrange bruits, un « fantôme », et un pseudo-twist final (que je tairai ici pour maintenir le suspens inexistant), ça le fera. Ben non. Ca s’étire péniblement sur 1h15, et on s’ennuie tellement qu’on n’en vient à porter plus d’intérêt à la recherche des plans de coupe du fameux unique plan séquence. Après avoir décelé ici et là un certain nombre de plans bien sombres qui pourraient servir à un joli raccord, on en vient à douter de la véracité de l’unicité du plan séquence. Mais bon après tout, qu’il soit unique ou pas, la difficulté technique, même moindre, demeure. Et sur ce point on ne peut pas reprocher au film de se planter. Tourné avec un appareil photo en guise de caméra, le film offre pourtant une très belle photographie, et le travail sur les lumières est plutôt bien maîtrisé (même si l’obscurité constante finit un peu par lasser). Le tout impose un côté très réaliste au film, qui surfe sur la vague des Blair Witch, [Rec] et autre Paranormal activity, sans le côté parfois lourd et casse-gueule de la fausse vraie vidéo. Le problème c’est que les contraintes techniques que s’est imposé le réalisateur ont sans doute participé à la pauvreté des événements qui se passent à l’écran. Autrement dit, comme le moindre truc devient un casse-tête à réaliser en plan séquence, au final il ne se passe rien, et on s’ennuie. Ainsi on n’aura droit qu’à un ou deux sursauts et un ou deux moments d’angoisse (les vieux jouets et les fantômes d’enfants m’ont toujours foutu les jetons, c’est comme ça !). L’ensemble de l’histoire peine qui plus est à tenir debout, ça part un peu dans tous les sens, jusqu’à un final dont on se doutait déjà. Voilà, Gustavo Hernandez a remplit 1h15 de film. Générique. Quoi ? C’est tout ? Mine déconfite des spectateurs. Bon ben on va rajouter un dernier plan séquence de 5 minutes après le générique (c’est quoi ce binz ?!?), histoire de rallonger un peu le film, et que les gens en aient pour leur argent. Ouai… mais le plan sert à rien, sinon à nous expliquer un truc qu’on avait déjà compris, et la moitié de la salle s’est déjà barrée.


Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)

Lung Boonmee Raluek Chat
D’Apichatpong Weerasethakul

Sortie le 1er septembre 2010

 
5/20

« Oncle Boonmee » s’apparente plus à une expérience qu’à un film. Une expérience des sens. Les plans de Weerasethakul sont pour la plupart magnifiques. Le réalisateur appréhende notamment superbement la nature, dont il sait capter comme personne la lumière. L’ambiance sonore du film est également assez envoutante. Ainsi dès les premières minutes du film, on est bercé par une étrange atmosphère. Mais rapidement à force d’être bercé… on s’endort. Car Weerasethakul prend son temps. Chaque plan est long, très long. Chaque action est lente, très lente. Même les dialogues sont déclamés par des comédiens sous sédatifs (au moins on a le temps de lire les sous-titres… même si, arrivé à la fin d’une phrase, on en a oublié le début…), d’autant que les-dits dialogues n’ont que peu d’intérêt. Tout ça énerve, car de temps en temps notre attention est bien captée par une scène, mais rapidement, faute de rythme, on décroche. Concernant les intentions de Weerasethakul, elles ne sont pas forcément faciles à appréhender avec une culture occidentale, n’ayant pas les mêmes relations que le réalisateur à la nature, aux esprits ou à la réincarnation. Le sens d’un certain nombre de scènes nous échappe totalement, ce qui ne contribue pas à nous faire adhérer au film. Cet « Oncle Boonmee » est ceci-dit une première approche intéressante de cette culture qui nous est plutôt inconnue, même si, réduite à une petite (demi) heure, elle aurait certainement été plus marquante.


The Killer inside me

De Michael Winterbottom
Sortie le 11 août 2010

 
6/20
Pour résumer « The Killer inside me » ce n’est pas très compliqué : c’est l’histoire d’un mec violent sans raison, qui tue à tout va parce que l’impulsion lui prend et… c’est tout. Qu’on ne puisse expliquer la violence qui peut parfois animer l’Homme, soit ; mais où est l’intérêt du propos ? On sait d’autant moins où Winterbottom veut en venir, que sa démarche est totalement chaotique et déstructurée. Il passe d’une description sérieuse de la psychologie d’un homme à un humour noir à deux balles. Parfois il nous montre de l’ultraviolence (la scène de passage à tabac de Jessica Alba est difficilement regardable), d’autre fois il l’occulte complètement (la pendaison de Jim est juste évoquée). Le film est d’autant plus flou dans son propos que son scénario est très bancal, parfois à la limite du plausible, ou utilisant des raccourcis grossiers pour parvenir à ses fins. Tout ça pour ne cesser de répéter incessamment les mêmes scènes et ennuyer un spectateur qui ne pourra même pas se consoler par un final digne de ce nom. Ce dernier est tout simplement bâclé et grand-guignolesque.

Alors que reste-t-il a sauver de ce « Killer inside me » ? Tout d’abord une belle photo, et une représentation fidèle du Texas des années 50. Mais c’est un peu maigre et déjà vu. Le seul véritable intérêt du film réside en Casey Affleck, qui porte seul la dimension psychologique du film. Par son interprétation ambiguë, il sait faire naître la confusion et le malaise chez le spectateur. Comme quoi, un interprète peut sauver un film, là où un réalisateur et un scénariste se sont complètement plantés.


Splice

De Vincenzo Natali
Sortie le 30 juin 2010
 
6/20

« Splice » est ce qu’on pourrait appeler une série B de luxe. Bon effets spéciaux, acteurs de renom, réalisateur prometteur… mais le reste tient plus du film qu’on se loue un soir entre potes en ne le regardant que d’un œil ou en le pimentant de commentaires incessants. Vincenzo Natali part pourtant d’une bonne intention en voulant dépoussiérer le film de monstre. Ici donc, un couple de scientifiques (très) peu scrupuleux des questions d’éthique, vont donner naissance, via une expérience génétique, à une créature mi-humaine / mi-on-ne-sait-pas-trop-quoi. La première moitié du film manque cruellement de rythme, il ne se passe rien et tout est prévisible (la faute aussi à une bande annonce qui dévoile trop d’éléments de l’intrigue). Puis, quand le film commence enfin à surprendre, c’est pour alterner le grand guignol ou les scènes plutôt dérangeantes.

Quand aux intentions de Vincenzo Natali, elles ne sont pas claires. Les questions d’éthique sur les manipulations génétiques humaines sont grossièrement traitées et plutôt biaisées quand on apprend (attention SPOILER dans tout le reste du paragraphe) le véritable lien qui lie Elsa et sa créature. L’idée que les scientifiques voient en leur créature leur enfant, était plutôt bonne et même inévitable, de là à ce qu’elle soit biologiquement la fille d’Elsa… Ceci dit cela donne une dimension psychologique aux personnages, pas inintéressante, si Vincenzo Natali n’allait pas dans le grande n’importe quoi. A-t-il voulu faire son « Antichrist » version science-fiction ? (mais sans l’esthétique cauchemardesque de Lars von Trier)

Tout cela est bien dommage, car le film avait réussi son élément principal : sa créature, magnifiquement interprétée par Delphine Chaneac.