Danny Boyle

Trancendant

trance affLes amateurs du réalisateur vont être servis, c’est un Danny Boyle en très grande forme qui nous revient avec Trance. Si le metteur en scène s’était assagi depuis quelques années, il semblerait bien qu’il se soit offert une pose récréative prompte à toutes les folies. Le titre de son dernier film n’est donc pas mensonger, Danny Boyle est bien décidé à mettre son spectateur en transe avec un thriller au scénario labyrinthique à souhait et une mise en scène hallucinante.

Tout commence pourtant assez simplement. Un comissaire-priseur s’allie à une bande de gangsters pour voler un tableau de Goya. Le braquage se déroule comme sur des roulettes… à un détail près : en route le commissaire-priseur a perdu et la toile et la mémoire. Pour les retrouver (la mémoire et la toile, donc), le gang s’offre les services d’un hypnotiseur pour fouiller dans les souvenirs de l’amnésique… Là, déjà, on sent que ça commence à déraper. Et ce n’est pas fini. De twist en twist, le scénario, signé Joe Ahearne et John Hodge (que Boyle retrouve quatorze ans après La Plage), balade le spectateur jusqu’à un final assez inattendu, mais loin d’être surprenant pour qui connaît un minimum le travail de Boyle.

En retrouvant son scénariste de Trainspotting, Danny Boyle semble aussi vouloir renouer avec sa mise en scène ultra-déjantée de l’époque. Si le réalisateur n’avait certes jamais vraiment délaissé son style, il le pousse ici à son paroxysme. On en retrouve toutes les caractéristiques : caméra toujours en mouvement, rigueur esthétique dans la composition des plans, importance de la lumière et des couleurs, voix off, sens aigu du montage, musique électro-pop (avec le retour d’un des membres d’Underworld à la composition de la BO). Le dixième film de Danny Boyle semble être une sorte de synthèse stylistique de toute sa filmographie. Au cours du film, la mise en scène va donc évoluer d’une forme assez sage (autant que peut l’être une réalisation de Boyle), plus proche de ses derniers longs-métrages, vers un délire total à la Trainspotting ou Une vie moins ordinaire. Une mise en scène dans l’exagération (mais non sans habilité) qui colle parfaitement au scénario et n’a qu’une ambition, mettre les sens et le cerveau du spectateur à rude épreuve pour l’emmener aux confins du trip hallucinatoire.

Il est aussi assez agréable de retrouver un Danny Boyle totalement décomplexé dans les thèmes qu’il aborde. Le réalisateur ne semble pas vouloir cette fois faire passer de message ou dénoncer quelque chose. Trance se veut avant tout un voyage sensoriel et psychique, comme une plongée au cœur des pulsions humaines. Thriller tour à tour violent, sensuel, paranoïaque mais aussi sentimental, composante chère au réalisateur. Danny Boyle sonde les dualités de l’homme et sa bestialité. Si Vincent Cassel peine un peu à trouver sa place, Rosario Dawson et surtout James McAvoy retranscrivent eux-aussi parfaitement ces multiples sentiments, à travers leurs jeux pleins de faux-semblants.

Avec Trance, Danny Boyle poursuit la ligne de conduite de sa filmo, tant sur le style que dans sa capacité à nous surprendre à chaque fois, à nous emmener là où on ne s’attendait pas.

Trance De Danny Boyle – Sortie le 8 mai 2013

Danny Boyle sur le blog : Petits meurtres entre amis, Trainspotting, Une vie moins ordinaire, La Plage, 28 jours plus tard, Millions, Sunshine, Slumdog millionaire, 127 heures

trance ph1


Boyllywood

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Il y aura un avant et un après Slumdog Millionaire dans la carrière de Danny Boyle. Avant, il était le réalisateur de Trainspotting ou de 28 jours plus tard, connu d’une certaine génération, des amateurs de genre et des cinéphiles. Après, il sera celui qui a conquis le grand public à travers le monde et remporté 8 Oscar avec l’histoire de ce gamin des rues qui devient millionnaire malgré lui. Il faut dire que le réalisateur britannique a réussi avec Slumdog Millionaire le film populaire parfait, tout en ne laissant pas de côté son style personnel.

Slumdog Millionaire possède en effet une réelle portée universelle. Pourtant si on y regarde de plus prêt, ce n’était pas gagné d’avance. Car si le public occidental aime l’exotisme d’un dépaysement, les bidonvilles de Bombay ne sont pas forcément le décor le plus propice à rameuter les foules. Mais c’était sans compter sur le savoir-faire de Danny Boyle qui arrive à la fois à retranscrire la réalité de ce milieu et à la transformer pour que le public étranger y rentre sans problème. Sa mise en scène combine ainsi un style parfois proche du documentaire (tournage en pleine rue avec des caméras numériques) à une esthétisation dont il a le secret, qui passe notamment par une splendide photo, des cadrages magnifiques et un montage dynamique. Si le film reste globalement occidental dans sa forme et sa narration, Danny Boyle y introduit énormément d’ingrédients du cinéma bollywoodien. Une bonne partie du film est en hindi, la musique (électro-pop aux accents indiens) et la danse y ont une place importante, et le mélange des genres est de mise. Slumdog Millionaire pourrait d’ailleurs être qualifié de masala, un style répandu dans le cinéma indien, dont la caractéristique est de mêler les genres. Ici le thriller, l’aventure, la comédie, le drame et la chronique sociale s’entrechoquent autour d’une histoire d’amour, élément majeur du cinéma bollywoodien.

Car Slumdog Millionaire est avant tout une histoire d’amour, et c’est en ça que le film finit finalement par parler à tout le monde. Une histoire d’amour dans laquelle la destinée, les rêves, les croyances et l’espoir permettent à un gamin des bidonvilles de franchir toutes les barrières pour retrouver celle qu’il aime et au passage accéder à la richesse. Si on retrouve certains des thèmes de prédilection du réalisateur (l’argent, l’humanité…), Danny Boyle semble ici avoir complètement laissé de côté ses critiques parfois acerbes, pour totalement assumer un certain idéalisme. Mais il ne pouvait finalement en être autrement pour contrebalancer avec la réalité assez horrible dépeinte par le film. Ainsi, sous couvert d’un film populaire vibrant, le réalisateur réussit à parfaitement retranscrire la dure réalité de l’Inde. Un tour de force de haute volée !

Slumdog Millionaire – De Danny Boyle – Sortie le 14 janvier 2009


Sunshine

De Danny Boyle
Sortie le 11 avril 2007

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Pour son septième long-métrage et sa troisième collaboration avec Alex Garland (après La Plage et 28 jours plus tard), Danny Boyle plonge pour la première fois dans l’univers de la science-fiction. Il dirige de main de maître un film tout à fait digne des plus grands du genre, entre effets spéciaux spectaculaires et cinéma d’auteur.

Si le scénario d’Alex Garland peut paraître à première vue assez anodin (dans un futur proche, une équipe d’astronautes est envoyée dans l’espace pour rallumer le soleil, sur le point de s’éteindre), l’auteur britannique va bien au-delà de la simple expédition spatiale pour donner à ce voyage une dimension métaphysique, presque indissociable du genre de la SF. Cette quête du soleil se transforme alors en une quête des origines de l’humanité, entre science et spiritualité, tout en étant une quête personnelle pour chaque membre de l’équipage, de leur place en tant qu’individu au cœur de cette humanité.

La mise en scène de Danny Boyle illustre parfaitement les grandes questions du script d’Alex Garland. D’abord par sa capacité à créer une atmosphère étouffante de huis clos au cœur de l’immensité de l’espace. Ensuite dans les touches presque fantastiques qu’elle apporte au film, en faisant notamment du soleil un personnage à part, à la fois fascinant et dangereux, chaleureux et brûlant. Plus que jamais, Boyle livre avec Sunshine une véritable expérience sensorielle, qui passe par un travail magnifique sur la lumière et les couleurs (le jaune éblouissant du soleil répond souvent au bleu froid de l’intérieur du vaisseau), mais aussi sur le son, tellement présent qu’il en devient presque une entité palpable, tantôt reposante, tantôt angoissante. Les partitions de John Murphy et Underworld s’inscrivent quant à elles parfaitement dans cette expérience sensorielle et nous envoutent à chaque instant (le final du film est indissociable du thème The Surface of the Sun). Et puis les amateurs de SF et de fantastique ne pourront que se réjouirent de l’hommage que Boyle rend aux genres en multipliant les références, en particulier à Alien, 2001, l’odyssée de l’espace ou encore Cube.

Fort de son propos sur l’humanité, Sunshine réunit un casting venu des quatre coins du monde. On y compte la malaisienne Michelle Yeoh, les américains Chris Evans et Troy Garity, le japonais Hiroyuki Sanada, l’australienne Rose Byrne, le néo-zélandais Cliff Curtis et les anglais Mark Strong et Benedict Wong, l’ensemble étant mené par l’irlandais Cilian Murphy, toujours aussi excellent et qui retrouve Danny Boyle quatre ans après 28 jours plus tard. Malgré un nombre conséquent de personnages enfermés dans ce huis clos, chacun trouve sa place et arrive à donner une teinte particulière à son rôle.

Même si Sunshine n’est pas l’œuvre de Danny Boyle la plus connue du grand public, elle se place cependant parmi les plus grandes réussites du réalisateur, et s’impose déjà comme un classique de la science-fiction.


Millions

De Danny Boyle
Sortie le 6 juillet 2005

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Deux ans après 28 jours plus tard, Danny Boyle fait le grand écart en réalisant ce conte moderne, qui ravira sans aucun doute les enfants et tous ceux qui le sont restés.

Si le scénario de Millions s’inscrit dans la tradition des films pour les plus jeunes, en développant des thèmes comme l’amour et la famille, ou en exacerbant les sentiments et les émotions (notamment à travers le deuil d’une mère récemment disparue), il se détache de ses semblables en abordant de façon lucide notre société moderne et les rapports des hommes à l’argent. Sur ce thème le film pourrait être assimilé à un Petits meurtres entre amis pour enfants, le film possédant d’ailleurs des références directes au premier film de Boyle. S’il est moins corrosif que son aîné, Millions ne cherche jamais à enjoliver la réalité, car même si la morale finale privilégie l’amour et l’entraide à la cupidité (manquerait plus qu’on enseigne l’inverse à nos enfants), l’innocence et la naïveté du jeune héros sont le plus souvent soumises à rude épreuve et plusieurs fois remises en cause.

Si sur le papier Millions possède déjà de jolis atouts, mais que certains n’hésiteront pas à remettre en question, c’est bien à l’écran qu’il prend vraiment toute l’ampleur de sa réussite. Les fans de Boyle ne risquent pas d’être déçus, le réalisateur faisant une nouvelle fois preuve d’un magnifique sens visuel. Couleurs saturées, décors et jeux de lumière transportent le film dans une sorte de réalité déformée par l’imaginaire enfantin. Le film balance en permanence entre un contexte social bien réel et un univers de conte totalement fantasmé. A cet égard, le point d’orgue du film est sans aucun doute la séquence du braquage du train, dans laquelle Boyle se lâche complètement et s’amuse comme un gamin à l’image du personnage à l’écran qui raconte la scène à l’aide de ses jouets.

Millions prouve que le film pour enfants n’est pas un sous-genre cinématographique, et que nos chères têtes blondes ont-elles aussi droit à des divertissements de qualité.


28 jours plus tard

28 Days Later
De Danny Boyle
Sortie le 28 mai 2003

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Après le semi-échec du blockbuster La Plage, Boyle fait le grand écart en réalisant 28 jours plus tard, 100 % british, à petit budget et avec un public cible réduit. Pourtant les deux films sont finalement plus proches qu’on ne veut bien le croire. Pas étonnant quand on sait que ce n’est autre qu’Alex Garland, l’auteur du roman La Plage, qui signe le scénar de 28 jours plus tard. Sous ses apparences de film d’horreur, le film va en fait s’avérer une étude des comportements humains et la critique d’une société qui court à sa perte. La différence c’est que cette fois, sans la pression des grands studios hollywoodiens, les deux compères ne se mettent aucune limite, que ce soit dans la violence des images ou du propos, notamment dans une dernière partie assez éprouvante. La seule censure qu’ils acceptent est celle du public, comme en témoigne la fin corrigée après les projections-test, qui auront raison d’un final initialement moins complaisant, mais bien plus fort et bien meilleur (à découvrir dans les bonus du dvd).

C’est sans doute parce qu’il n’est pas qu’un simple film d’épouvante (ou au contraire l’est-il totalement, le cinéma d’horreur ayant souvent une dimension politique dans ses meilleures représentations) que 28 jours plus tard va autant interpeler et s’imposer comme le chef de file d’une nouvelle génération d’un genre alors en désuétude : le film de zombies. S’il respecte de nombreux codes du genre (la dimension politique chère à Romero, la mode de transmission, la violence des contaminés, des scènes bien gore…), il s’en détache aussi complètement. Ici les zombies n’en sont en fait pas, puisqu’ils sont encore vivants, et ne se nourrissent pas d’humains, mais attaquent juste par haine. Fini aussi la démarche lente, ils sont cette fois animés d’une grande virulence. L’important ici n’est finalement pas les contaminés, le film n’étant jamais meilleur que dans les scènes où ils sont absents, comme la vision apocalyptique d’un Londres laissé à l’abandon, une virée onirique dans la campagne anglaise, ou encore une lutte finale où les ennemis ne sont plus ceux du début. Les personnages les plus mis en avant ne sont autres que les survivants, qui ne sont pas que de la simple chaire à saucisse, mais bien des protagonistes profonds et attachants. Les comédiens ont alors un rôle primordial dans la réussite du film, en conférant une réelle dimension émotionnelle à leurs personnages, qui permettra au spectateur de les suivre jusqu’au bout. Et c’est ainsi que va être révélé un jeune acteur britannique sur lequel il va désormais falloir compter, Cillian Murphy.

En devenant au film de zombie ce que Scream fut au slasher, 28 jours plus tard va rapidement s’imposer comme l’un des opus majeurs de la filmo de Danny Boyle.


La Plage

The Beach
De Danny Boyle
Sortie le 16 février 2000

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

2000. J’ai 14 ans et, comme tout adolescent normalement constitué à l’époque, j’ai adoré Titanic deux ans plus tôt. Je suis donc le mouvement qui consiste à se ruer dans les salles pour le grand retour du roi Léo, d’autant que La Plage compte aussi dans son casting deux toutes jeunes stars du cinéma français, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet. Le film se fait descendre par la critique, mais qu’importe, moi je « kiffe » et je fais pour l’occasion la découverte d’un réalisateur qui n’aura pas fini de me mettre des claques par la suite, Danny Boyle.

Douze ans après, si ma vision, parasitée par la nostalgie, reste forcément un peu subjective, les arguments objectifs ne manquent pas pour qualifier La Plage d’adaptation réussie du roman d’Alex Garland. Bien sûr l’ombre d’Hollywood plane sur le premier (et seul vrai) blockbuster de Boyle. Le réalisateur s’est vu imposer DiCaprio au détriment de McGregor ; le héros initialement britannique devient américain ; et l’amour platonique entre Richard et Françoise se transforme en idylle romantico-dévastatrice (c’est quand même pas une petite frenchie qui va résister à Léo !). Mais dans l’ensemble, Boyle et son scénariste John Hodge ont parfaitement su condenser le riche ouvrage de Garland, en épurant le nombre de personnages et d’intrigues, tout en conservant les thèmes majeurs du roman : la recherche de l’éden à tout prix, la volonté de l’Homme de dominer la nature et de se prendre pour Dieu, son égoïsme dans sa recherche du bonheur et sa quête d’absolu, et le portrait d’une génération nourrie aux jeux vidéos et aux films sur la guerre du Vietnam. Seul le final est beaucoup plus édulcoré que dans le roman, mais sa transcription à la lettre aurait facilement pu sombrer dans le grand guignol. Boyle et Hodge se rattrapent cependant avec un épilogue bien meilleur que celui du roman, par son ironie et son réalisme, encore plus actuels douze ans après.

Côté mise en scène, si de nombreux amateurs de la « Bag of Money Trilogy » ont trouvé le réalisateur trop sage, il est cependant indéniable que La Plage porte l’empreinte de Boyle. Rythmé par une délicieuse BO (du tube pop du moment des All Saints à la découverte de Moby), le film oscille entre vision onirique et paradisiaque (la découverte de la plage sur Porcelain, le fantasme d’adolescent romantique de la séquence de nuit sur la plage…) et folie et cauchemar (suicide de Daffy, dernière partie entre jeu vidéo et mini guerre du Vietnam…), le tout magnifié par la superbe photo de Darius Khondji, et le montage efficace de Masahiro Hirakubo.

Côté casting, si DiCaprio n’était pas le premier choix de Boyle, il n’empêche qu’il éclate au grand jour dans ce rôle charnière de sa carrière. Car s’il conserve son côté de star des midinettes en apparaissant les trois quarts du temps le torse à l’air, le caractère finalement assez complexe de son personnage dont il ne lisse jamais le côté sombre, le fait basculer dans la catégories des acteurs plus adultes. A ses côtés, on découvre une Virginie Ledoyen en symbole de la sensualité et de la tentation, un Guillaume Canet en seul vrai personnage humain du film, et une Tilda Swinton en divinité despotique autodéclarée.

Si exempt de toute pression hollywoodienne, La Plage aurait pu être encore meilleur, il n’en est pas moins, en l’état, un blockbuster intelligent qui ne trahit pas le roman d’origine, et peut se venter d’une interprétation irréprochable et de porter tout de même l’empreinte de son réalisateur.


Une vie moins ordinaire

A life less ordinary
De Danny Boyle
Sortie le 10 décembre 1997

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Après la claque Trainspotting, Danny Boyle se prend une petite pause récréative en réalisant un film dont le seul but est de divertir le spectateur. Et la bonne nouvelle c’est qu’il y arrive plutôt bien.

Si Une vie moins ordinaire se classe bien dans les comédies romantiques (il y a de l’humour, il y a de l’amour), les amateurs du genre risquent d’être un peu déstabilisés. Danny Boyle et son scénariste John Hodge conservent bien le schéma classique des romances au cinéma (rencontre entre deux êtres opposés, qui ne s’entendent pas au début, avant de tomber dans les bras l’un de l’autre) mais, comme l’indique le titre, l’histoire sera « moins ordinaire » que ça. Un petit peu de thriller par ci, un peu de fantastique par là, et surtout beaucoup de burlesque, et on obtient une comédie hors norme, mais non moins jouissive. Au milieu de la multitude d’idées ingénieuses que compte le film, la meilleure est sans aucun doute de mettre les ficelles de toute cette histoire entre les mains de deux anges, aux mœurs étranges, envoyés par un Gabriel sous pression. Les deux personnages et leurs plans « machiavéliques » pour faire le bien, prennent presque le dessus sur le couple star, pourtant lui aussi haut en couleur, mais un peu plus cliché.

Si le scénario est un des grands atouts du film, la présence de Boyle derrière la caméra fait également des merveilles. Le réalisateur s’amuse comme un gamin, offrant à sa mise en scène une dynamique et une bonne humeur communicatives. Sa patte est bien présente avec pléthore d’idées visuelles, des cadres habilement travaillés et une photo superbe. Il se lance même dans une séquence animée délirante (ne zapper pas le générique de fin). L’enthousiasme du metteur en scène a également contaminé ses comédiens, qui s’en donnent à cœur joie. Ewan McGregor campe un looser parfait, Cameron Diaz est une (anti-)Eve d’un genre nouveau, Holly Hunter et Delroy Lindo des anges déjantés, et Ian Holm un père perfide.

Une vie moins ordinaire n’est peut-être pas le plus grand film de Danny Boyle, mais une comédie unique en son genre, très drôle et originale, qui remplit parfaitement son postulat de départ : nous faire passer un bon moment.


Trainspotting

De Danny Boyle
Sortie le 19 juin 1996

La crème de la crème

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Œuvre majeure de la filmographie de Danny Boyle, Trainspotting fut dès sa sortie qualifié de Orange mécanique des années 90. Un qualificatif qui le prédisposait à devenir culte, ce qu’il est incontestablement devenu aujourd’hui.

Tiré du roman éponyme d’Irvine Welsh, le film suit le parcours, dans une Ecosse en pleine crise, d’un jeune junkie et de sa bande de potes. Tout en conservant souvent un style assez léger et un certain humour, Trainspotting se veut en fait une vision assez sombre d’une jeunesse perdue dans une société où elle ne trouve pas sa place. La représentation de l’univers des toxicomanes est bien loin de l’apologie de la drogue reprochée par certains au film, et se veut au contraire très lucide. Si Danny Boyle et John Hodge, son scénariste, jouent un peu la carte de la provoc’ au début en assimilant les shoots à « des orgasmes puissance mille », rapidement le tableau se noircit et les horreurs vont s’enchaîner, de la mort qui rode au VIH qui guette, en passant par une déconnection de la réalité, un isolement social, une plongée dans la délinquance ou encore un sevrage cauchemardesque.

La mise en scène de Danny Boyle se veut en adéquation totale avec le sujet. Elle surfe en permanence sur la limite entre réalité et fantasme, comme la vision de la vie sous héroïne. Pour cela, le réalisateur utilise à merveille tout l’arsenal cinématographique : choix de cadrages et de mouvements de caméra à la fois métaphoriques et très esthétisants, lumières oscillant entre le gris très glauque et la saturation des couleurs, montage minutieux jouant sur les variations de rythme… Boyle s’appuie aussi pour arriver à ses fins sur une BO absolument incontournable au point d’être devenue elle-même culte.

Trainspotting c’est enfin une galerie de personnages totalement atypique et complètement délirants, interprétés par des comédiens sans inhibition. Ewen Bremner campe un « Spud » simplet mais attachant, Jonny Lee Miller est la version « Sick Boy » de James Bond, Kevin McKidd touche dans le rôle Tommy, garçon lambda qui va sombrer malgré lui, Robert Carlyle effraie sous les traits d’un Francis accro à la violence, et Kelly MacDonald se la joue jeune débutante manipulatrice. Mais celui qui explose complètement l’écran c’est Ewan McGregor qui trouve ici le rôle qui va booster sa carrière. Physiquement métamorphosé, il incarne un Renton ambigu, imprévisible et déstabilisant, que l’on ne peut ni vraiment aimer ni vraiment détester, que l’on comprend mais sans vraiment le comprendre.

Film culte pour toute une génération, Trainspotting n’a pas fini de séduire celles à venir car, bien que très marqué par un style 90’s, il possède l’intemporalité des œuvres majeures du septième art.


Petits meurtres entre amis

Shallow grave
De Danny Boyle
Sortie le 19 avril 1995

Ca vaut le détour

Cette critique est rédigée en parallèle de mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.

Pour sa première réalisation, Danny Boyle s’attaque, avec ses deux acolytes de l’époque, John Hodge au scénario et Andrew Macdonald à la production, à la comédie noire. Mais plus qu’une simple comédie qui ne jouerait que sur un humour au second degré, le film s’avère en même temps un thriller au suspense et à la violence implacables.

Petits meurtres entre amis est en fait le premier volet d’une trilogie qui dissèque les méfaits de l’argent (la « Bag of Money Trilogy »), et qui se poursuivra avec Trainspotting et Une vie moins ordinaire. Ainsi, le film raconte l’histoire de trois amis dont le nouveau colocataire meure étrangement, laissant derrière lui une mallette pleine de billets, qui va progressivement semer le trouble au sein du petit groupe et les emporter dans un engrenage de violence et de folie.

« Violence » et « folie » sont deux termes qui résument également très bien la dichotomie du film, qui oscille en permanence entre une tension palpable et un savoureux humour noir. Le scénario de John Hodge, au pitch de départ pourtant très classique, distille déjà ces deux éléments via une trame qui monte petit à petit en puissance et sombre progressivement dans l’horreur, mais dont les personnages et certaines situations sont par ailleurs très décalés. Puis c’est la mise en scène de Danny Boyle qui va clairement imposer ce mélange de styles. Le réalisateur gère très habilement le rythme de son film et n’hésite pas à le rompre à tout moment pour passer de l’énergie de la comédie, à une atmosphère plus lente et oppressante de thriller (et inversement). Boyle s’amuse aussi des clichés du film d’horreur, les prend à contre pied. A ce titre la BO est absolument magnifique d’autodérision. Enfin, il sait parfaitement mélanger pure violence et comédie au sein d’une même séquence, à l’image du final, monstrueusement drôle.

Petits meurtres entre amis c’est également les prémices du style Danny Boyle, de sa caméra qu’il aime voir en mouvement et de plans toujours habilement réfléchis. C’est aussi la découverte de jeunes talents, Ewan McGregor, Kerry Fox et Christopher Eccleston, tous les trois délicieux en clichés des jeunes actifs citadins, dont l’amitié n’a de limite que leur égoïsme. Il flotte donc sur le film une certaine insouciance qui devrait plaire à tous les 20-30 ans, même si on ne peut pas nier le fait que le film commence à sérieusement vieillir du fait de son style très marqué 90′s.

Un premier film déjà extrêmement maîtrisé, dont l’originalité se trouve dans son savoureux mélange d’humour noir et de thriller classique.


Dossier Danny Boyle

 

Cet article est une auto-promo absolument pas masquée ;)

Lorsque Romain de Apprendre le cinéma m’a demandé de me pencher sur le travail d’un réalisateur de mon choix, il m’a bien fallu dix minutes et un coup d’œil rapide à ma dvdthèque pour me fixer sur Danny Boyle. En plus d’une patte clairement marquée, le réalisateur britannique possède cette particularité très appréciable de faire partie des réalisateurs qui s’attaquent à tous les genres : comédies (romantique, dramatique, noire), horreur, SF, aventures, thrillers ou autre survival jalonnent sa filmo. Une filmo qui peut se vanter de regrouper un film culte (Trainspotting !!!), un succès populaires (Slumdog millionaire), un film commercial (La Plage), des pépites de genre (28 jours plus tard, Petits meurtres entre amis, Sunshine), et des films presque inconnus (Millions, Une vie moins ordinaire). Un cinéaste qui divise souvent (voir le récent 127 heures) par ses choix sans concession et son style bien tranché mais qui ne cesse de se renouveler pour surprendre à chaque fois. Bref un réalisateur qui méritait bien qu’on s’y arrête deux secondes. Ainsi je vous invite à aller sur Apprendre le cinéma, pour suivre, au fil des semaines, le dossier que je lui consacre, en revenant en détail sur chacun de ses films.


127 heures

127 Hours
De Danny Boyle
Sortie le 23 février 2011

15/20

Gros challenge que s’est lancé Danny Boyle en transposant à l’écran l’histoire d’Aron Ralston, un jeune homme de 27 ans qui, suite à une randonnée dans les gorges de l’Utah, se retrouve coincé au fond d’une crevasse pendant 127 heures, le bras prisonnier d’un rocher. Le défi est encore plus osé que le Buried de Rodrigo Cortès qui, s’il ne quittait jamais le cercueil d’un homme enterré vivant, ne se basait pas sur des faits réels, pouvant ainsi jouer la carte du rebondissement à volonté et offrir au héros un lien avec l’extérieur via un téléphone portable. Aron Ralston est lui coincé sans aucun lien possible avec la civilisation, et les tentatives pour s’en sortir vont s’avérer limitées. L’aventure va donc rapidement devenir plus psychologique qu’autre chose. Et Danny Boyle s’en sort parfois avec maestria, parfois il se vautre complètement…

Le film débute sur les chapeaux de roues, la mise en scène à 300 à l’heure de Boyle colle à merveille avec le sport extrême, et la photo saturée magnifie les paysages ensoleillés du canyon. Puis le rocher tombe. Les premières minutes sont atroces, James Franco hurle de douleur, le spectateur hurle avec lui. James Franco, prisonnier, panique, le spectateur panique, suffoque. James Franco se calme, le spectateur se calme. Débute l’aventure intérieure du héros, et si James Franco est en permanence à fond dedans, le spectateur, lui ne suivra pas toujours. Le gros souci vient s’en doute des séquences de flashback et des fantômes qui viennent hanter Aron. On comprend bien évidemment que c’est de là qu’il puise sa force, mais si le processus émotionnel fonctionne dans un livre écrit à la première personne, dans un film, de simples plans sur des personnages qui nous sont inconnus peinent à toucher le spectateur. Fallait-il alors garder toutes ces séquences ? A la vue du dernier plan, il semblerait bien que ce soit un des aspects auquel le réalisateur tenait le plus. Peut-être aurait-il du alors développer carrément plus cette idée, quitte à s’écarter du propos de base, car en l’état, tout joli soit le message (aller au bout de soi c’est bien, mais les amis, la famille, l’amour, les relations avec les autres c’est mieux), il manque réellement d’ampleur et de force. Heureusement, les autres tentatives de Boyle s’avèrent plus réussies. Les séquences avec la caméra notamment, et surtout cette fausse émission où Aron lorgne entre le pétage de câble et la remise en question. Les plongées dans l’imagination (la soirée avec les deux randonneuses) et les fantasmes d’Aron (les pubs de soda, le revisionnage de la vidéo du plongeon) atteignent également complètement leur objectif. Puis vient la scène de l’automutilation, seule solution possible pour s’en sortir. Danny Boyle et James Franco plongent les spectateurs au cœur de l’horreur, le réalisateur montrant juste ce qu’il faut pour ressentir l’atrocité de la scène, sans aller jusqu’à tourner de l’œil. Mais Boyle ne relâche pas la tension une fois le bras libéré, et mène magistralement l’après délivrance. Car si l’horreur semble bientôt prendre fin, les derniers pas dans le canyon désert à la recherche d’une âme qui vive sont tous simplement insupportables pour Aron et le spectateur, qui ne retrouveront leur souffle qu’à l’arrivée des secours. Ouf !

Sur ce sujet casse-gueule, Danny Boyle est loin de livrer le film parfait, mais était-ce possible de faire mieux ? Et les indéniables qualités et un final éprouvant finissent par gommer les loupés et les quelques moments d’ennui, pour laisser un sentiment plutôt positif à la sortie de la salle.

A lire également : mon analyse plus détaillée publiée sur Apprendre le cinéma.