Festival Lumière

Lumière 2012 – Jour 7 : Une clôture aux portes du paradis

Après une semaine entièrement dédiée au cinéma, le festival Lumière touche à sa fin. Mais les programmateurs nous ont réservé une belle surprise pour la projection de clôture. Après Venise et New-York, c’est à Lyon que La Porte du Paradis, le film maudit qui provoqua la chute du studio United Artists, poursuit sa campagne de réhabilitation. Et en présence d’Isabelle Huppert et Michael Cimino, s’il-vous-plaît !

La Porte du Paradis est en effet l’un des échecs les plus marquants du cinéma qui a pendant longtemps placé son auteur sur la liste noire des réalisateurs et a concouru à la fin de la liberté artistique à Hollywood. Les origines de ce plantages sont diverses. Un tournage difficile tout d’abord, qui aboutit à plus de 200 heures de rushes, dont Cimino tire une première version de 219 minutes. Celle-ci est très froidement accueillie par la critique et le public américains, et oblige Cimino à revoir son montage. Le film est amputé de 70 minutes, sa violence est édulcorée, mais ne rencontre au final pas plus de succès. La vraie raison du rejet du film tient en fait plus à son thème. En effet, après un patriotique Voyage au bout de l’enfer, Cimino aborde avec La Porte du Paradis un pan peu glorieux de l’histoire des Etats-Unis, le massacre des populations pauvres immigrées européennes par les riches notables américains. Même s’il s’en inspire librement, il n’en reste pas moins vrai que le film se base sur des faits réels plutôt difficiles à assumer. D’autant que Cimino ne fait pas dans la dentelle, tant dans le message (l’état y est montré comme un assassin de son propre peuple) que dans les images. Si Cimino rajoute par ci par là de la poésie à travers une très belle histoire d’amour, son film n’en reste pas moins une montée progressive et inéluctable vers l’horreur. Une horreur sublime cependant, la photographie de Vilmos Zsigmond faisant elle honneur à la tradition du western et à ses images baignées de soleil et de lumière. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le rythme du film incite d’ailleurs à la contemplation. Car il faut bien l’avouer, La Porte du Paradis n’est pas un film qui se donne, mais qu’il faut apprivoiser. Il m’a personnellement fallut une bonne heure pour m’habituer à sa lenteur. Mais qu’il est finalement bon en cette époque où tout va trop vite, où l’on ne sait plus être patient, de se laisser inviter dans un voyage fabuleux de plus de 3h30.

C’est aux nouvelles technologies que l’on doit la renaissance de La Porte du Paradis. Car si au départ Cimino ne voulait pas restaurer son monument après en avoir tant souffert, les nouvelles possibilités offertes par le numérique lui ont donné l’envie de réécrire une nouvelle fois son film. Il en a retravaillé les couleurs et en a tiré un ultime montage de 216 minutes. 216 minutes d’un voyage fabuleux où la violence et l’amour se côtoient mais où l’émotion est présente à chaque instant. Une émotion qui envahit encore la Halle Tony Garnier quand un Michael Cimino très touché revient sur scène aux bras d’Isabelle Huppert. Une dernière image représentative de ce magnifique festival que fût Lumière 2012.


Lumière 2012 – Jour 6 : Looking for Ken Loach

Quoi de mieux finalement qu’un festival sans compétition ? Tous les ans le prix Lumière est ainsi remis à un grand nom du cinéma pour sa contribution au septième art. Après Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu, c’est Ken Loach qui se voit cette année honoré. Deux mille cinq cents personnes sont venues pour ce grand homme en ce samedi 20 octobre 2012. Parmi elles, les frères Dardenne, Ariane Ascaride, Jerry Schatzberg, Christian Carion, Gilles Bourdos, Hiam Abbas, Monia Chokri, Laura Morante, Julie Ferrier, Léa Drucker, et j’en passe. Et c’est par une première standing ovation que ce public va saluer l’arrivée du réalisateur anglais, accompagné de son scénariste Paul Laverty, sa productrice Rebecca O’Brien et son acteur Eric Cantona.

Le film présenté ce soir sera en effet Looking for Eric, car qui mieux que le « King » pour remettre son prix à un cinéaste dont la première passion est peut-être finalement le football. Mais par ailleurs, il s’agit d’une des rares comédies de Ken Loach, or ce soir est un soir de fête. Redécouvrir Looking for Eric dans de telles conditions donne d’ailleurs une dimension supplémentaire au film. Le public n’a jamais connu une telle interaction avec l’écran. Il y a les rires de 2 500 personnes bien sûr, mais aussi des applaudissements qui retentissent en pleine projection, à des répliques, des situations. On se croirait presque au théâtre et le film en devient du coup plus vivant. Son impact en est indéniablement augmenté, les émotions décuplées. Les spectateurs ne s’y trompent pas, en offrant une deuxième standing ovation de plus de cinq minutes au film.

La soirée se poursuit par différents hommages envers Ken Loach, et surtout celui de Bertrand Tavernier qui, malgré son absence, a écrit au réalisateur une lettre des plus glorifiantes et émouvantes (les larmes perlent aux yeux de Ken Loach). Celui qui fût l’attaché de presse de Kes et Family Life salue « l’œuvre magnifique » et engagée d’un « homme qui s’oppose au cynisme, qui soutient les gens, même quand ce n’est plus à la mode ». Thierry Frémaux revient quant à lui sur la fidélité au festival de Cannes de ce réalisateur indispensable au cinéma européen. Il évoque notamment sa Palme d’Or pour le Vent se lève, unanimement acclamée, y compris par Pedro Almodóvar qui, la même année, l’avait une fois encore rêvée pour Volver. Lorsque Ken Loach monte sur scène pour recevoir son prix, l’émotion est palpable et une troisième standing ovation envahit la salle.

Le réalisateur britannique commence par remercier la France, pour son public qui lui a toujours été fidèle, et pour son système de financement qui permet de faire vivre toute la création européenne. Il se souvient de la sortie du Vent se lève qui a bénéficié de 300 copies en France alors que la Grande-Bretagne lui en a tout juste offert 40. Fidèle à lui-même, il a tenu à partager son prix avec ses collaborateurs (« Les matches, on ne les gagne jamais seul, la victoire est toujours collective ») et avec tous les cinéastes confrontés à la censure, comme en Iran ou en Chine. Enfin, non sans humour, il donne une réponse à une question qu’on lui a tant de fois posée durant sa carrière : « Le cinéma peut-il changer le monde ? Non et heureusement, sinon nous serions tous des Américains, à dégainer un flingue à la moindre occasion ! ». Et une quatrième standing ovation de couronner la remise du prix.


Lumière 2012 – Jour 5 : L’horreur n’a jamais été aussi belle

Pendant la projection des Dents de la mer ce soir, je me suis posé cette question : pourquoi ce film n’a jamais été « remaké » ? Rapidement la réponse m’est apparue, évidente. Ce chef-d’œuvre est d’une telle maîtrise qu’il est juste intemporel. N’a-t-il pas déjà fait frissonné plusieurs générations d’ados avec toujours la même efficacité ? Et ce n’est pas de le voir sur grand écran dans une copie impeccablement restaurée qui fera dire le contraire. Pour peu, on pourrait presque croire que le film a été réalisé cette année, seuls les costumes, le piqué de l’image et le charme des effets spéciaux mécaniques nous rappellent que le film a déjà 37 ans.

Avec Les Dents de la mer, Spielberg révolutionne tellement le genre qu’il semble ne plus vraiment avoir évolué depuis. Du coup, le film garde une réelle modernité, qui séduit encore sans problème les nouvelles générations (beaucoup de parents sont venus avec leurs ados découvrir le film, chose rare de nos jours au cinéma). A-t-on fait mieux depuis dans la gestion de la frayeur ? La première partie du film ne s’articule qu’autour de supposition. Spielberg fait naître la peur en ne montrant pas une seule fois son monstre, mais juste les effets qu’il provoque. L’inconnu et l’invisible sont toujours plus angoissants. Ainsi chaque séquence dans la mer, chaque plan au raz de l’eau fait se nouer la gorge du spectateur. L’ampleur de la menace n’est montrée que par des plans subjectifs de la caméra devenant l’œil de la bête.

La révélation du requin va signer la fin d’une partie puis le début d’une seconde. On l’entraperçoit en effet lors de sa dernière attaque dans le lac, mais c’est réellement ce plan de quelques secondes où il apparaît derrière Roy Scheider qui va en montrer toute la dimension. Celui-ci lâche d’ailleurs juste derrière un « il va nous falloir un bateau plus gros » bien à propos. Spielberg donne alors à cette deuxième partie des allures de film d’aventure, une sorte d’accalmie dans l’horreur, avant le grand final. Il y a dans Les Dents de la mer une parfaite gestion du rythme, un savant dosage des tons, entre angoisse et humour, qui en font un parfait divertissement, qui se prend suffisamment au sérieux pour qu’on y croit et que ça soit efficace, mais pas trop non plus pour rester, justement, du divertissement. Une recette qui fût ensuite reprise par bon nombre de blockbusters, le terme étant d’ailleurs né au cinéma avec ce film…

En (re)découvrant Les Dents de la mer sur grand écran, je viens de vivre un rêve d’ado. Merci à Universal pour la restauration et merci au festival Lumière pour cette projection !


Lumière 2012 – Jour 4 : De Rappeneau à Renoir

Aujourd’hui, deux séances au programme. Je débute par une invitation à venir découvrir en copie restaurée le deuxième film de Jean-Paul Rappeneau, Les Mariés de l’an II, sorti en 1971. Et on peut dire que les restaurateurs ont fait un boulot magnifique. Le réalisateur se souvient de la dernière fois où il a vu son film projeté sur grand écran, c’était il y a 5/6 ans dans un festival consacré à Belmondo. Il avait peine à reconnaître son travail sur cette pellicule rosie par le temps, se demandant même comment le public avait fait pour tenir jusqu’à la fin. Après être passé entre les mains des techniciens de la Gaumont, qui ont travaillé en étroite collaboration avec le réalisateur, le film est paraît-il méconnaissable (je dis « paraît-il » car je ne l’avais jamais vu avant). Jean-Paul Rappeneau va même jusqu’à dire qu’il est encore plus beau qu’à sa sortie. Les restaurateurs sont en effet partis du négatif d’origine pour en enlever tous les artefacts mais aussi refaire tout l’étalonnage du film avec des techniques modernes qui offrent plus de possibilités que celles des années 70. Par ailleurs, la sublime musique de Michel Legrand a été boostée en 5.1 (le son direct restant lui en mono).

Les conditions ne pouvaient être meilleures pour découvrir ce classique de la comédie d’aventure française, clairement pensée pour le grand écran. Les Mariés de l’an II se situe dans la grande tradition du cinéma populaire français des années 70. Rappeneau signe une sorte de marivaudage/vaudeville sur fond de Révolution. Il y a du grand spectacle, un rythme effréné et beaucoup d’humour. Belmondo fait du Belmondo mais pas trop, Marlène Jobert est juste désopilante. C’est drôle, enlevé et parfaitement mis en scène. Bref du très bon divertissement comme la France semble avoir beaucoup de mal à en faire aujourd’hui.

Deuxième séance, changement radical de style. Elle sera consacrée à un des réalisateurs majeurs du cinéma français, Jean Renoir, à l’occasion de la sortie du livre Pascal Mérigeau consacré au cinéaste. L’ouvrage ultime selon Thierry Frémaux. L’écrivain y célèbre bien sur le génie mais démystifie également le mythe en dévoilant ses parts d’ombre et en rétablissant certaines vérités. Venu présenté son livre, le biographe parle d’un homme qui avait la mémoire qui flanchait, comprenez là qu’il a souvent raconté sa vie à sa manière. Il revient notamment sur quelques légendes qui entourent la naissance de certains film du maître, en concluant que la réalité est souvent bien différente, et qu’en fait Renoir a quasiment tourné tout ce qu’on lui proposait. Le réalisateur n’est d’ailleurs venu au cinéma que dans un seul but, celui de faire de sa compagne de l’époque une actrice. Et c’est justement le sujet du film Renoir que Gilles Bourdos est venu présenter ce soir en avant-première, après sa première projection lors de la clôture de la sélection « Un certain regard » à Cannes.

Renoir s’intéresse en fait à la fin de la vie d’Auguste et à la naissance de l’artiste Jean, à travers l’arrivée chez eux d’Andrée Heuschling, qui sera le dernier modèle du père avant de devenir la première actrice du fils. Et c’est là tout le génie de ce film qui, loin des biopics classiques, s’intéresse à cette filiation artistique sous les traits de cette jeune fille, dans une sorte de flottement qui vous emporte pour ne plus vous lâcher. De ses mouvements de caméra, toujours d’une grande délicatesse, à sa captation magique des magnifiques lumières du sud de la France, la mise en scène de Bourdos est un voyage visuel admirable. Auguste Renoir explique dans le film que l’important dans l’image ce n’est pas le dessin mais les couleurs. Il semblerait que le réalisateur est fait plus qu’appliquer cette leçon, tellement sa photographie est sublime. Celle qui illumine également l’écran, c’est Christa Théret, qui n’a jamais été aussi belle qu’en objet de tous les fantasmes des Renoir, interprétés par un monstre du cinéma français, Michel Bouquet, et l’un de ses plus bels espoirs, Vincent Rottiers. Un film à ne pas manquer, qui sera sur les écrans le 3 janvier.

Pour compléter le programme, la soirée s’est achevée avec l’un des courts-métrages que Jean Renoir a tourné avec Catherine Hessling (le nom de scène d’Andrée Heuschling), Sur un air de Charleston. Dans cette œuvre considérée comme inachevée par le maître (il semblerait en fait que seule la musique qui devait l’accompagner n’ait jamais été enregistrée, mais c’est effectivement un élément qui paraît essentiel quand on regarde le film), Renoir renverse l’ordre colonial établi à l’époque. Il place son action en 2026, « quelques années après la prochaine guerre », et envoie un explorateur africain dans les terres inconnues (= la France) pour y étudier les indigènes blancs et y dépêcher les secrets de leur danse, le Charleston. Si l’œuvre n’est pas majeure, elle s’avère être une drôlerie assez sympathique, dont l’intérêt réside surtout dans le duo formé par Hessling et le danseur de claquettes Johnny Hudgins.


Lumière 2012 – Jour 3 : Immense Max von Sydow

Acteur suédois né en 1929, révélé par Ingmar Bergman, Max von Sydow est devenu en plus de 50 ans de carrière, une « gueule » majeure du cinéma mondial, entre films indépendants et grosses productions. Le festival Lumière lui rend aujourd’hui hommage (et la France aussi, en lui remettant la légion d’honneur) en diffusant plusieurs de ses films, dont sa première collaboration avec Ingmar Bergman, Le Septième Sceau.

Si le nom de Max von Sydow n’est peut-être pas forcément connu du grand public, son physique, lui, est forcément resté dans la mémoire de chaque personne ayant vu un des ses films. Sa haute silhouette effilée, son visage et ses yeux d’une expression rare, sont de ceux qu’on n’oublie pas. Même à 83 ans, l’acteur a gardé toute la puissance de son charisme, et on se sent très très petit lorsqu’il pénètre dans la salle. Un frisson vous parcoure l’échine, celui de l’émotion et mais aussi d’une pointe de souvenir angoissant, celui du Père Merrin de L’Exorciste. Mais que l’on se rassure, lorsque que Max von Sydow se met à parler, il devient une sorte de grand-père dont on ne se lasse pas d’écouter les souvenirs.

Au cours de cette séance, Max von Sydow reviendra essentiellement sur l’origine du Septième sceau. Une introduction bienvenue pour comprendre cette œuvre majeure, surtout pour moi qui ne suis pas un spécialiste d’Ingmar Bergman. Si je reconnais l’immense talent du cinéaste, j’avoue ne pas trop partager sa sensibilité. Ce Septième sceau, que je découvrais ici pour la première fois, connaîtra le même sort que mes précédentes tentatives d’incursion dans son œuvre. Cependant la présentation du film par Max von Sydow m’aura permis d’en appréhender les aspects majeurs et de comprendre pourquoi elle est considérée par beaucoup comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du septième art.

Le Septième sceau est en fait l’adaptation par Ingmar Bergman d’une de ses propres pièces de théâtre, Peinture sur bois. Comme son nom l’indique, cette pièce s’inspire elle-même des peintures que l’on trouvait au Moyen-Age dans les églises suédoises. Ces représentations religieuses pouvaient être soit très sombres, soit très lumineuses, presque comiques, mais toujours empreintes de beaucoup de poésie. Et le film de Bergman utilise effectivement ses trois caractères principaux pour disserter de ses questions métaphysiques sur l’existence de Dieu, le rôle de la vie et de la mort… Il est assez fascinant de voir comment Bergman passe d’un ton à l’autre. Le Septième Sceau se regarde plus comme un ensemble de scénettes (telles les différentes peintures donc) mettant en scène différents personnages dont chacun représente une certaine vision de la vie et de son rapport à elle. Et bien que Le Sceptième sceau évoque finalement des thèmes assez sérieux et offre par moment des séquences assez graves, il se dégage du film une réelle lumière, une sorte d’insouciance, quelque chose de très vivant. Et c’est peut-être finalement là, la clé de la réponse que Bergman veut donner à tous ses questionnements.


Lumière 2012 – Jour 2 : Nicolas Winding Refn, « L’art n’a pas à être parfait »

Le voici l’un des moments les plus attendus du festival pour moi et pour bon nombre de personnes qui ont érigé Drive parmi les plus grosses claques cinématographiques de ces dernières années. « Le film culte d’une génération » dixit Thierry Frémaux pour présenter Nicolas Winding Refn. Et il n’a surement pas tort quand on voit que la moyenne d’âge de la salle tourne vers les 25-30 ans. Tous sont clairement venus avant tout pour le cinéaste danois puisque les films projetés ce soir sont ceux d’un illustre inconnu du cinéma underground américain. Même le plus grand cinéphile français, alias Bertrand Tavernier, n’en avait jamais entendu parler, c’est dire ! Mais pourquoi est-il donc resté dans l’ombre ? Tout simplement parce que « Andy Milligan est surement le plus mauvais cinéaste qui ait jamais existé » selon NWR.

Ce réalisateur américain né en 1929 est une sorte d’Ed Wood, un poil plus trash. Après avoir débuté dans le théâtre en montant des pièces Off-Broadway, il entamera sa carrière de réalisateur dans les années 60 jusqu’à sa mort en 1991. Il s’est surtout spécialisé dans les films extrêmes à petit budget, alliant gore et érotisme, aux titres évocateurs (Les Bouchers assoiffés de sang, Le donjon des tortures…) mais aussi quelques drames, genre qu’aura choisi ce soir NWR (merci de nous avoir épargné le pire !). Celui-ci a découvert Andy Milligan à l’adolescence alors qu’il se nourrissait au cinéma de genre. Il explique sa fascination envers ce cinéaste par ce besoin viscéral de faire du cinéma qui transparaît à la vision de ses films. Il faisait des films personnels, à sa manière, certes pas de la manière la plus brillante mais dans lesquels il mettait beaucoup de lui, de sa vie, de ses émotions. C’est dans ce sens que NWR se sent proche d’Andy Milligan, dans cette volonté de faire du cinéma comme il l’entend, sans compromis. Le cinéaste danois semble par ailleurs déterminé à faire réhabiliter son idole. Il a déjà dépensé une petite fortune pour se procurer des copies originales d’Andy Milligan et les faire restaurer. Il en a amenées deux avec lui à Lyon, Nightbirds (1970) et Vapors (1965).

Le premier est un drame réalisé pendant la période anglaise d’Andy Milligan. Pour le moins expérimental, ce film raconte la rencontre d’un jeune homme naïf et d’une femme étrangement possessive, et la relation destructrice qui va s’en suivre à base de sexe et de pression psychologique. S’il n’est pas exempt de quelques idées, le scénario (également signé Milligan) ne vole quand même pas très haut. La morale y est plutôt tranchée, « Les femmes détruisent tout » dixit NWR. Sur la forme le film est juste l’exact opposé de ce que j’évoquais dans mon précédent billet sur la grandeur de la mise en scène de Schatzberg. Andy Milligan multiplie les plans pour une même scène, tente des cadrages « artistiques » pas toujours justifiés, et monte le tout comme il peut/veut. On est dans une sorte de surenchère de mise en scène. On ne parle même pas du son, juste exécrable, et des interprétations plutôt médiocres. Mais NWR avait raison lorsqu’il disait que « l’imparfait est souvent plus intéressant que le parfait » et la projection de Nightbirds n’est pas le calvaire que l’on pourrait croire. Déjà parce que la dissection d’une œuvre ratée permet toujours d’apprendre beaucoup de chose et ensuite parce qu’on sent effectivement dans Nightbirds une réelle passion, un véritable besoin de s’exprimer. Les quelques anecdote évoquées par NWR sur la vie personnelle du cinéaste (homosexuel, ayant eu des rapports difficiles avec sa mère omniprésente…) permettent notamment de mieux cerner son œuvre.

Vapors est quand à lui le premier court-métrage d’Andy Milligan. Il y évoque la rencontre de deux hommes dans un sauna pour homosexuels dans le New-York des années 60. Moins médiocre que Nightbirds, on pourrait même y trouver quelques bonnes choses, notamment un scénario (non écrit par Milligan) plus abouti, malgré quelques grosses maladresses et longueurs dans sa partie centrale. L’image et le son sont toujours assez ignobles. Vous me direz petit budget oblige. Le budget n’est pas responsable de mises au point foireuses et de cadrages médiocres. Vapors reste cependant un témoignage surement assez réaliste du New-York gay des années 60, audacieux (voir la séquence de nu finale) et parfois touchant.

Au final, si cette soirée ne m’a certes pas fait découvrir un grand cinéaste, elle aura été d’une très grande richesse d’apprentissage cinématographique et cinéphilique. Et aura aussi été une rencontre mémorable avec l’un des cinéastes les plus prometteurs de sa génération, qui a finalement énormément dévoilé de lui-même par le biais de Milligan.

Pour en savoir plus sur Andy Milligan


Lumière 2012 – Jour 1 : La Halle Tony Garnier en mode Amérique des 70’s

Ca y est ! la quatrième édition du festival Lumière de Lyon vient d’être lancée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet événements, il s’agit bien entendu d’un festival de cinéma, mais tourné vers les films du patrimoine (assez logique vu qu’on est sur les terres qui ont vu naître le cinématographe). C’est ainsi l’occasion de découvrir ou de redécouvrir de grandes œuvres ou des petites pépites presque introuvables, sur grand écran et dans des copies en général de très grande qualité. Et la sélection, elle aussi, est de qualité. Normal, elle est réalisée par l’Institut Lumière (en gros l’équivalent lyonnais de La Cinémathèque) dirigé par Thierry Frémaux, excusez du peu. Entre les rétrospectives, les hommages, les soirées spéciales et les invitations, ce sont pas moins de 111 films qui seront projetés en l’espace d’une semaine, le plus souvent présentés par des personnalités du septième art. Autour des séances, viennent également se greffer des master-class, des expositions, des débats… Et la remise d’un prix à un illustre nom du cinéma (Ken Loach succédera cette année à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu). Mais le principal atout du festival Lumière est d’être ouvert à tous, contrairement à la plupart des autres festivals. Pas besoin d’accréditation ou de faire la queue des heures pour assister à une projection, il suffit juste de réserver ses places suffisamment à l’avance pour être sûr d’avoir ce qu’on veut.

Après cette petite introduction explicative, entrons dans le vif du sujet avec le premier billet de mon journal de bord (que je vais essayer de tenir tous les jours…). Aujourd’hui donc, ouverture du festival. Direction la Halle Tony Garnier, où environ 4 500 personnes sont attendues pour venir assister à la projection de L’Epouvantail de Jerry Schatzberg (Palme d’or 1973). Parmi elles, quelques noms qui résonnent comme familières à nos oreilles : Agnès Varda, Max von Sydow, Nicolas Winding Refn, Tim Roth, Claude Lelouch, Jacqueline Bisset, Emir Kusturica, Tony Gatlif, Elza Zylberstein, Marie Gillain, Monica Belluci, Benoît Magimel, Emmanuelle Devos, Marie-Josée Croze, Jean Becker, Matthias Schoenaerts, Gaspard Ulliel, Raphaël Personnaz, Eric Lartigau, Lucas Belvaux, Tahar Rahim, Géraldine Pailhas, Pascal Thomas, Melvil Poupaud, Edgar Ramirez, Christopher Thompson, Hélène Fillières, Gérard Krawczyk, Jean-Paul Salomé, Christian Carion, Géraldine Nakache, Hervé Mimran, Leïla Bekhti, Clément Sibony, Karole Rocher, Naidra Ayadi, Lalo Schifrin, Laurent Gerra… Et encore j’ai du en oublier quelques uns.

Une fois tout ce beau monde installé Thierry Frémaux ouvre les festivités avec l’habituel petit hommage aux débuts du cinéma. Après quelques actualités de la Gaumont ventant les mérites culturels de Lyon, deux films d’Agnès Guy (une des premières réalisatrices du cinéma dont je ne suis pas sur de l’orthographe du nom, n’ayant trouvé aucune trace d’elle sur le net), et les traditionnels Kremo des frères Lumière, il est temps de passer aux choses sérieuses. Bertrand Tavernier et Guillaume Canet couvrent d’éloges Jerry Schatzberg, qui monte à son tour sur scène pour présenter son film.

Et là c’est le choc ! Car oui, honte sur moi, je ne connaissais jusqu’alors rien du cinéma de cet immense cinéaste. L’Epouvantail est ni plus ni moins qu’une leçon de cinéma de 1h45. Schatzberg livre une mise en scène exemplaire exempte de tout superflu. Pas un plan n’est gratuit. Il ne vient par exemple jamais abuser des champs/contre champs, là où un simple plan séquence parfaitement cadré suffit. Et quel cadrage ! la formation de photographe du réalisateur se ressent à chaque plan, dont les constructions sont toujours parfaites et pleines de sens. La caméra est très souvent posée, et lorsqu’elle est en mouvement c’est que l’action le justifie. Le montage lui aussi est minimaliste, jamais abusif. Cette simplicité (apparente) de la mise en scène permet clairement d’augmenter son impact sur le spectateur. Par ailleurs elle met en permanence en avant les acteurs, dirigés d’une main de maître. Al Pacino, dans un de ses premiers rôles, est juste sidérant, un qualificatif d’autant plus mérité quand on voit la complexité et les nuances du personnage. Gene Hackman, lui aussi, livre une de ses plus belles prestations. Alors comment ne pas se laisser embarquer avec ces deux sympathiques paumés de la vie, dans ce road-movie à travers l’Amérique des oubliés des années 70’s. Une petite perle à découvrir d’urgence si ce n’est pas encore fait.

Première soirée, première claque. Nul doute que la suite du festival me réservera encore quelques belles surprises. Peut-être dès demain avec la projection de Nightbirds d’Andy Milligan, un film méconnu du cinéma underground des années 60. Mais rien que de savoir que c’est l’illustre Nicolas Winding Refn qui a choisi de les présenter, ça me suffit pour tenter l’expérience…


Festival Lumière : Remise du Prix Lumière à Gérard Depardieu


Le Festival Lumière n’est décidément pas un festival de cinéma comme les autres. A Lyon, terre natale du cinématographe, ce sont les films du patrimoine qui sont mis à l’honneur. Point de compétition, mais juste des moments de partage entre cinéphiles ou simples curieux. Cependant l’absence de compétition ne veut pas dire absence de prix. Mais le prix Lumière n’est pas du genre de ceux qui divisent, mais au contraire qui rassemblent, pour rendre hommage à un grand nom du septième art. Après Clint Eastwood et Milos Forman, c’est cette année Gérard Depardieu qui rentre dans le cercle très privé des primés au Festival Lumière.

Samedi soir, pas moins de trois mille personnes étaient donc réunies pour célébrer l’un des plus grands acteurs du cinéma français. Parmi eux des réalisateurs l’ayant dirigé (Rappeneau, Giannoli, Delépine et Kervern), des comédiens ayant partagé l’affiche avec lui (Pérez, Ardant, Pailhas, Cornillac, Baer, Girardot…), des amis et admirateurs (Beauvois, Carion, Consigny, Dupontel, Vinterberg, Elbaz, Vlady, Giocante, Golino, Gerra, Demoustier…), mais aussi de simples anonymes (comme moi…).

La soirée a débuté par la projection de La Femme d’a côté, qu’ont présenté une Fanny Ardant et un Gérard Depardieu, émus et qui se souvenaient de Truffaut, d’un film qui n’avait pas vraiment de scénario et qui s’était écrit durant les six semaines de tournage. Ont retiendra notamment ces quelques mots de l’actrice, évoquant sa première scène : « Gérard m’a regardée, Gérard m’a tendu la main. Je savais que tout allait se passer comme ça : pas du cinéma, mais comme dans la vraie vie, parce qu’il regardait vraiment, il serrait la main vraiment. » Une belle introduction à ce film sur l’amour passionné, un amour sans lequel on ne peut vivre, mais qui en même temps fait mal, vous brise au plus profond de vous. Truffaut filme la passion destructrice au milieu du quotidien avec toute la maîtrise dont il a le secret. Ardant et Depardieu, sublimes, campent ces deux amants qui tour à tour refusent, succombent, se détruisent, détruisent l’autre jusqu’au point de non retour.


Après le choc final du film, le public revient petit à petit à la réalité. L’amphithéâtre se rallume, Thierry Frémaux appelle toutes les personnalités sur scène. Bertrand Tavernier, président de l’Institut Lumière, prend la parole. « On avait l’impression que l’écran, dès ses premiers films, Gérard Depardieu s’en emparait à l’abordage, un peu comme les pirates s’emparait d’un bateau. C’était tantôt ça, tantôt il rentrait comme un funambule et, tout d’un coup, il se glissait dans un rôle et c’était léger. » « Je pense qu’il y a des dizaines de metteurs en scène qui ont connu un grand moment de bonheur grâce à lui ».

La salle s’éteint de nouveau pour la projection d’un florilège des plus beaux moments de Depardieu au cinéma. Et là, en l’espace d’un quart d’heure, on se rend compte de l’immense étendue de la carrière de l’acteur. Certains de ses rôles sont restés gravés dans notre mémoire, d’autres plus oubliés nous reviennent à l’esprit. En plus de 180 films, Depardieu a tout joué, nous a fait passé par toutes les émotions.

Sous un tonnerre d’applaudissements, devant une salle entière debout, Depardieu s’élance vers la scène. « C’est très, très émouvant et ça fait un drôle d’effet ! ça sent le sapin aussi ! » L’acteur, tel un gamin qui reçoit un cadeau, ne cesse de bouger sur la scène, fait des grands gestes tout en racontant les émotions qui lui envahissent la tête. « Je pense à tous ces amis acteurs qui sont partis, qui sont passés, qui ne meurent jamais, je pense à Marcello, à Marco Ferreri, à Mario Monicelli, à Jean Carmet, à Maurice Pialat, pour moi ils sont toujours là en moi et je pense qu’ils font partie de l’écran et de nos écran à nous. » « Je n’ai jamais vu de ma vie quelque chose dans lequel il y a un battement de cœur aussi puissant ». « Merci à Lyon de me donner ce prix merveilleux et aussi d’avoir un si beau festival, d’avoir des gens qui aiment tant, tant le cinéma et qui ont aussi le sens de la fête, parce que le cinéma ça se partage ». « On fait un métier fabuleux et vous, spectateurs, c’est extraordinaire le métier que vous faites en regardant des films ».

Pour répondre à un tel discours, je citerais Thierry Frémaux : « La fièvre du cinéma n’est pas près de guérir, en tout cas à Lyon ». A l’année prochaine !!!


Festival Lumière – Ciné concert : "Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse"


Après la présentation de The Artist en ouverture, le Festival Lumière nous plongeait à nouveau ce soir dans l’ambiance des années 20, avec la projection du film muet Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse, dont l’accompagnement musical était assuré en direct par l’Orchestre national de Lyon sous la direction d’Ernst van Tiel (chef d’orchestre sur The Artist, la boucle est bouclée). Une soirée mémorable présentée par l’historien oscarisé Kevin Brownlow.

The Four Horsemen of the Apocalypse
De Rex Ingram
Sortie le 6 mars 1921 (USA)

A voir absolument

Avec son budget de 100 000 $ et ses six mois de tournage, Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse peut être qualifié de blockbuster du début des années 20, d’autant qu’il remportera un vif succès outre Atlantique et en Europe. Le film a tout des grandes fresques, mêlant saga familiale et fond historique (la Première Guerre Mondiale) et apportant sa dose d’émotion, d’action et de romantisme, mais s’avère être également une véritable réflexion sur la guerre. Si le film n’évite pas quelques écueils propres au genre, à travers quelques longueurs et lieux communs, force est de constater qu’il sait dans l’ensemble maintenir un bon rythme et regorge de pas mal de surprises. Basé sur un roman de Vicente Blasco-Ibanez, le scénario sait se renouveler et permet au film de reprendre un nouveau départ dès qu’il commence à s’essouffler. Rex Ingram nous réserve ainsi son lot de grandes scènes, dont le célèbre tango, entrainant et sensuel, deux spectaculaires séquences de destruction, ou encore les scènes dans les tranchées dont la photographie est telle qu’on pourrait presque penser qu’elles ont été tournées de nos jours. Il ose aussi, grâce à la métaphore mystico-religieuse, plusieurs séquences tout droit sorties du cinéma fantastique. L’ensemble est admirablement porté par des acteurs au diapason, parmi lesquels Rudolph Valentino dans son premier grand rôle. La partition de Carl Davis, écrite a posteriori, accompagne admirablement le spectateur dans ses émotions, de grands élans dramatiques en instants de douceur. L’entendre jouée en direct par un orchestre symphonique ne fait qu’amplifier son impact, saisissant et transportant. Pour un premier « ciné-concert », je ne pouvais rêver mieux.


Festival Lumière – Ouverture : "The Artist"


Quatre mille cinq cents personnes, dont un étonnant parterre de personnalités du septième art, étaient présentes hier soir à la Halle Tony Garnier de Lyon pour l’ouverture du troisième Festival Lumière, présidée par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier. Elles ont réservé une standing ovation à The Artist et à Michel Hazanavicius, Jean Dujardin, Bérénice Bejo et Thomas Langmann venus présenter le film.

The Artist
De Michel Hazanavicius
Sortie le 12 octobre 2011 (avant-première)

A voir absolument

Pour apprécier au maximum The Artist, un petit conseil, oubliez que vous êtes en 2011, que ce film est un audacieux pari en ces temps de 3D à tout va, et revenez quelques années en arrière. Nous sommes en 1927 et vous vous apprétez à regarder le dernier film de l’étoile du moment, George Valentin. Le film démarre avec les codes de votre époque, mais rapidement vous vous sentez transportés ailleurs, des choses vous choquent, vous titillent les yeux et les oreilles. Serait-ce un film de science-fiction qui prend forme sur l’écran ? Un cinéma avec du son ? Quel bonne blague !

Car oui, à l’inverse d’un Stanley Donen qui acclamait l’arrivée du parlant à grand renfort de musique et d’images colorées dans Chantons sous la pluie, Michel Hazanavicius sonne le déclin du muet en lui rendant un hommage sans paroles et en noir et blanc. L’effet est sidérant de beauté et d’émotion. Par ce parti pris de mise en scène, le réalisateur plonge le spectateur dans une osmose complète avec son personnage principal, ne vivant que dans un monde sans parole, et dont la vie va être perturbée par l’arrivée du cinéma parlant. Michel Hazanavicius aussi perturbe son spectateur, car s’il respecte évidemment beaucoup des codes de l’époque (y compris dans les cadrages et la lumière), il instille ici et là de la modernité (utilisation quasi certaines d’effets spéciaux numériques, quelques scènes sonorisées presque surnaturelles) et bouscule les idées préconçues (pas de grand élans romantiques, pas de surjeu, absence de musique pour surligner les gros moments d’émotion).

Outre une mise en scène parfaitement maîtrisée, Michel Hazanavicius tire aussi le meilleur de ses acteurs. En tête le duo formé par Bérénice Bejo et Jean Dujardin. Elle, lumineuse et magnifique, est l’icône parfaite du glamour des années trente. Lui, magistral, en caricature de la star hollywoodienne des années vingt, qui finit par dévoiler la fragilité qui sommeille en lui. Leur jeu est tout en finesse, leurs sourires et leurs larmes ne sont pas forcés, mais suffisent à retranscrire à chaque seconde l’émotion qui habite leurs personnages.

Enfin, élément absolument fondamental du cinéma muet, la musique de Ludovic Bourse accompagne parfaitement la mise en scène d’Hazanavicius, et rythme admirablement le film. Elle magnifie par moment les émotions, mais sait aussi parfois laisser la place au silence pour ne faire parler que les images et les acteurs.

N’ayez crainte, oui vous pourrez être habité par ce film, même sans paroles, j’en veux pour preuve le niveau d’émotion qui a envahi hier la salle, au point d’arriver à créer un silence parfait dans une salle de 4500 personnes ou à l’inverse de l’inonder d’un tonnerre d’applaudissements.