Festival d’automne 2011

L’Art d’aimer

D’Emmanuel Mouret
Sortie le 23 novembre 2011

Loin d’être indispensable

L’Art d’aimer ressemble à une sorte d’analyse encyclopédique du sentiment amoureux à travers divers exemples de relations. Le problème c’est qu’avec cette manière d’appréhender les choses, Mouret finit par oublier l’une des caractéristiques principales de l’amour : l’émotion. Ainsi il est presque impossible de s’attacher aux personnage,s dont les histoires sont souvent trop courtes et s’enchainent sans rapport évident les unes avec les autres. La mise en scène, assez travaillée certes, mais dans un style un tantinet vieillot et surtout trop théâtrale, n’arrange pas les choses.

Pourtant, sur le papier L’Art d’aimer avait surement de quoi séduire. La plume de Mouret est effectivement très fine et les histoires assez originales, même si cela dépend des segments (le dernier est le meilleur). On ne peut alors que regretter qu’il n’est pas choisi la voie littéraire plutôt que cinématographique pour son entreprise. Ses dialogues sont souvent savoureux, mais sonnent faux sur grand écran car trop écrits. Une impression qui plus est renforcée par la volonté d’un jeu théâtral, qui vient encore un peu plus limiter l’émotion, et ce malgré l’impressionnant casting réunit pour l’occasion.

En ces temps de fêtes, restez donc tranquillement chez vous, bien au chaud sous la couette, et faites-vous une petite séance privée de Love actually. Plus conventionnel certes, mais tellement plus habile et touchant dans sa façon d’appréhender la complexité des sentiments amoureux.


Shame

De Steve McQueen
Sortie le 8 décembre 2011

Ca vaut le détour

L’addiction au sexe. Sujet rarement abordé, car tabou. S’il semble facile d’en rire (en témoigne les légions de comédies américaines bien lourdingues) ou de faire dans la sensualité, parler sérieusement de sexe et de l’importance qu’il revêt dans la société actuelle semble plus complexe. Steve McQueen l’aborde brutalement, de front. Il dresse ainsi le portrait d’un homme moderne, travaillant dans les tours vitrées de Manhattan, vivant dans appart petit mais hype, sortant en célibataire le soir et n’ayant aucun mal à ramener une conquête pour la nuit. Pourtant l’homme est seul, semblant complètement dépersonnalisé, enfermé dans un quotidien dans lequel il n’arrive plus à jouir de rien. Du coup l’homme se shoote au sexe, seul exutoire à sa vie trop morne.

La mise en scène de Steve McQueen est d’une justesse indéniable. Photographie crue d’un Manhattan très froid, multiplication des plans séquences rendant grâce à la temporalité de l’action, témoin de la lassitude qui envahit Brandon. La caméra du réalisateur fait corps avec les émotions du personnage, comme ce magnifique travelling latéral que n’aurait pas renié Truffaut et qui donne une force incroyable à la rage du héros. La séquence finale de la virée nocturne signe aussi magnifiquement la détresse d’un Brandon perdu et dans l’incapacité de lutter, par son montage temporellement déstructuré. Ainsi malgré le sujet, jamais le réalisateur ne succombe à la tentation d’une séquence trop sensuelle, mais donne au contraire à toutes les scènes de sexe une dimension très tragique.

Michael Fassbender aussi est d’une justesse incroyable. Déjà en passe de devenir l’un des meilleurs acteurs de sa génération, Shame le fait directement passer dans la cour des grands. Rôle difficile, tant par l’absence totale de pudeur qu’il nécessite, que par l’intensité dramatique qu’il exige, l’acteur arrive pourtant à le tenir de bout en bout. A chaque plan, le regard de Fassbender transpire le désarroi. Carrey Mulligan, fragile, vient subtilement l’épauler dans cette tâche difficile.

Pourtant Shame n’est pas le grand choc attendu. Car si le portrait est très réussi, le film ne va jamais au-delà de la description. Les seuls enjeux dramatiques apparaissent via les deux rôles féminins. Le premier est celui de la sœur, qui débarque dans l’appartement du héros et va lui faire éclater la vérité en plein visage. Malheureusement, le personnage finit par se transformer en archétype du film dramatique et donne lieu à un final un brin cliché. Le second est celui de la collègue avec laquelle il aurait pu s’abandonner aux sentiments. Si elle renforce un moment la gravité du trouble de Brandon, l’intrigue est sous-exploitée et bien trop rapidement avortée. Ainsi le film peine à trouver du rythme et les longueurs vont petit à petit se multiplier, même si, heureusement, elles laissent fréquemment place à des instants de grâce cinématographique.


Contagion

De Steven Soderbergh
Sortie le 9 novembre 2011

Ca vaut le détour

Il n’est pas peu dire que le cinéma aime les bonnes grosses épidémies. Après les catastrophes naturelles, c’est surement la deuxième cause de fin du monde sur grand écran. Oui mais voilà, fort du récent exemple de la grippe A, Soderbergh s’écarte des sentiers battus du genre, et place son film dans une réalité actuelle qui amplifie indéniablement son propos.

Pas de zombies ou de symptômes outranciers, le virus qui frappe dans Contagion provoque une bonne grosse grippe qui vous cloue au lit, avant de venir vous attaquer le cerveau et de vous tuer à grands coups de crises épileptiformes. Bref tout ça est bien plausible, de même que la contagion à vitesse grand V, amplifiée par un nombre d’habitants au mètre carré de plus en plus important et des moyens de transport toujours plus rapides. La panique aussi se propage de plus en plus rapidement de nos jours, par le biais d’une information accrue, de rumeurs qui contaminent le net, et d’une volonté de tout faire aller plus vite, quitte à déformer la moitié du propos de base. La Contagion qui intéresse Soderbergh n’est pas celle que l’on croit, mais bien celle d’une humanité qui file à la déroute. Le réalisateur signe ici un film reflet du monde actuel, et ce qui fait froid dans le dos c’est que le scénario n’exagère pas presque pas le propos. Par contre, on regrettera plus le côté trop hollywoodien des personnages, quasiment tous présentés comme des héros, qui ne reflètent pas toujours le plus vraisemblable égoïsme humain (sauf dans quelques scènes bienvenues). Ainsi la chercheuse s’inocule le vaccin à elle-même, le politicien offre généreusement son vaccin à un enfant démuni, tandis que le docteur de l’OMS fait dans le social. Mais bon il faut bien ça pour que le tableau ne sombre pas dans le noir absolu (mais aurait-ce vraiment été un mal ?).

La réalisation de Soderbergh fait également dans le réalisme, avec une très belle photo aux teintes souvent pâles, et surtout un montage d’une très grande efficacité qui donne une cohérence parfaite à un récit chorale. Le choix du casting est également habilement réfléchi. En multipliant les têtes d’affiches dans des rôles d’égale valeur, il permet d’éviter l’effet du héros « dont on sait qu’il va forcément s’en tirer », mais garde l’avantage, par rapport à des acteurs inconnus, de créer plus rapidement une intimité entre le spectateur et les personnages, qu’il semble déjà connaître. On pourra simplement regretter que ces rôles ne présentent pas tous autant d’intérêt. Ainsi si celui de Jude Law remporte la palme, la pauvre Marion Cotillard est réduite à pas grand chose.

A mille lieues des habituelles fins du monde sur fond d’épidémie, Contagion surprend par son réalisme et sa peinture de l’humanité actuelle, même si on regrette qu’il ne se détache pas complètement du schéma hollywoodien.