Festival de Printemps 2011

Mes résultats du Festival de printemps de Christoblog

Alors que les résultats du Festival de printemps viennent d’être publiés sur le blog de Chris, je vous propose mes résultats persos, parce que j’aime jouer la transparence et parce que mon avis est forcément meilleur que l’avis général ;) .

Classement général des films :
The Tree of Life
Le Complexe du Castor
Une séparation

Minuit à Paris
Le Chat du Rabbin
La Conquête

Le Gamin au vélo

London Boulevard

Premier film vu, The Tree of Life m’est rapidement apparu comme difficile à battre, au regard de sa grande maîtrise tant du point de vue de son esthétisme, que de sa philosophie, ou encore de son émotion. Départager Le Complexe du castor et Une séparation a été un vrai dilemme. Si le film d’Asghar Farhadi est indéniablement supérieur dans sa maîtrise et son audace cinématographique, celui de Jodie Foster a vraiment su me toucher et m’émouvoir comme cela n’arrive pas si souvent. Le cœur a donc primé sur ce coup-là… La suite du classement s’est par contre faite d’elle-même. Certains me trouveront sans doute dur avec Le Gamin au vélo, je les renvoie à ma critique pour plus d’explications.

Prix spécial :

The Prodigies

Ne vous arrêtez pas à son esthétique de jeux vidéo, The Prodigies est un film d’animation hors norme, made in France qui plus est.

Meilleurs réalisateurs :
Terrence Malick en première place et juste derrière Asghar Farhadi, qui se détachent vraiment du lot par leur très grande maîtrise de l’art cinématographique.

Meilleures actrices :

Sareh Bayat, parce que ne pouvait en choisir qu’une dans le casting d’Une séparation, la seconde place étant acquise dès le début du Festival par la révélation Jessica Chastain.

Meilleurs acteurs :

La décision de ne mettre aucun membre du casting masculin d’Une séparation a été difficile à prendre, mais je ne pouvais passer à côté de la performance de Mel Gibson, et je voulais aussi saluer la performance vocale de François Morel dans Le Chat du Rabbin qui m’a vraiment fait mourir de rire.

Meilleurs scénarii :

Une séparation et Le Complexe du castor sont indéniablement les films les mieux écrits de la sélection.

Une première expérience dans un festival saisonnier qui m’a vraiment bien plu (à part la torture de la séance de London Boulevard), donc je pense que je vais signer pour le Festival d’été et sa sélection assez alléchante…


Une séparation

Jodaeiye Nader az Simin
D’Asghar Farhadi
Sortie le 8 juin 2011

Ca vaut le détour

Premier plan : une femme et son mari sont assis l’un à côté de l’autre mais, même sans la voir, on décèle aisément cette barrière imaginaire qui sépare ces deux êtres. Le couple est sur le point de divorcer. Et si la raison qui les poussait à cette séparation n’était pas la volonté de la femme de quitter son pays, l’Iran, on pourrait très bien imaginer la même scène en France. Cette première séquence est comme une première esquisse de ce que va être le film, un subtile mélange entre un discours aux résonances universelles et le tableau politique et social d’un pays.

La partie la moins réussie du film est surement sa mise en place. Même si l’on comprend par la suite la nécessité de cette introduction, au début on a un peu peur qu’Une séparation ne soit qu’une simple chronique sociale trop classique. Il ne se passe effectivement pas grand chose, à part voir un homme confronté aux difficultés de son quotidien après le départ de sa femme. Mais après une demi-heure le film prend une tournure inattendue et fait alors plus que raviver l’intérêt du spectateur.

Un événement vient en effet bousculer ce quotidien et bouleverser la vie de tous les protagonistes. Le film prend alors des allures de thriller, Farhadi trouvant ainsi le bon moyen de dynamiser son drame social. Plus qu’habilement le réalisateur capte toute la complexité de l’Homme entre quête de vérité, culpabilité, dignité, amour, remise en question, religion, argent ou encore pragmatisme. Le spectateur se trouve incessamment balloté entre les considérations et les émotions de tous les protagonistes. Farhadi ne ménage pas son spectateur (presque jusqu’à saturation parfois), qui ne cesse de se poser des questions, revoit constamment son jugement, et ne trouve finalement dans tout ça aucune réponse préconçue. Mais ce message universel est aussi un moyen pour Farhadi de dresser le portait de l’Iran d’aujourd’hui. A travers ce fait divers, il se fait se répondre deux classes que tout oppose, image d’un pays où la modernité cohabite avec des traditions religieuses ancrées, où de fortes disparités sociales existent, où les femmes ne sont encore pas l’égal de l’homme.

Si Farhadi s’avère être un scénariste hors pair, il n’en est pas moins un grand metteur en scène. Derrière une esthétique au premier abord réaliste et simpliste, se cachent des choix extrêmement judicieux de cadrages, par lesquels le réalisateur oriente l’œil du spectateur pour appuyer le message de chaque scène. Grand directeur d’acteur, il tire le meilleur de ses comédiens, tous d’une étonnante justesse, et auxquels la réussite du film doit beaucoup. Berlin ne s’est pas trompé en récompensant ce casting remarquable et cet œuvre à l’indéniable très grande qualité cinématographique.


Le Chat du Rabbin

De Joann Sfar et Antoine Delesvaux
Sortie le 1er juin 2011

Dans la moyenne

Même si je n’ai jamais lu une seule planche de la BD, mon attente quant à l’adaptation ciné du Chat du Rabbin n’en était pas moins grande. Série littéraire louée par tous, bande annonce très prometteuse, et surtout un Gainsbourg (vie héroïque) qui a su hissé immédiatement Joann Sfar au rang des réalisateurs les plus prometteurs. Du coup, s’il est loin de décevoir totalement, Le Chat du Rabbin ne comble pas non plus toutes les attentes.

Sur le fond, rien à redire. Sfar tourne en dérision les conflits religieux et ethniques, les travers de certains principes et la bêtise humaine en général, sans pour autant dénigrer quelque religion ou culture que ce soit. Le propos est juste, les questions posées pertinentes. Et tout ça à travers les yeux d’un chat qui observe depuis toujours le genre humain, et peut enfin lui balancer ses contradictions en pleine figure, maintenant qu’il est doué de la parole. Et cette parole est d’autant plus jouissive qu’elle a la délicieuse plume de Sfar et la drôlissime voix de François Morel. Les dialogues aux petits oignons et l’excellentissime casting vocal sont sans doute les plus belles réussites de ce Chat du Rabbin.

Le problème du film est en fait purement cinématographique. Le scénario souffre de son découpage en petites histoires peu développées et sans vrai fil conducteur entre elles. Du coup, le film manque de rythme et le spectateur peine à s’attacher à des personnages insuffisamment approfondis (hormis le chat) et à s’intéresser à leurs aventures dépourvues d’enjeux notables. S’il décroche parfois, le même spectateur pourra toujours se consoler en admirant les superbes dessins, magnifiques jusque dans les moindres détails (les décors tout particulièrement).

Mais alors si ce Chat du Rabbin vaut surtout pour ses dessins et ses dialogues, ne vaudrait-il pas mieux que je me plonge dans la lecture des cinq tomes sur papier ? Ouai, je crois que je vais faire ça, même si la voix de François Morel risque de me manquer un peu…


London Boulevard

De William Monahan
Sortie le 8 juin 2011

Pas grand-chose à sauver

Mymp et Chris trouvent que je ne crache pas assez mon venin… eh bien cela va être réparé suite à la sélection (encore inexpliquée) de London Boulevard dans le festival de printemps (à croire que ça a été fait exprès, lol).

A part des affiches placardées partout en ville ventant Colin Farrell et Keira Knightley et le scénariste des Infiltrés (donc d’un remake, même s’il reste très bon), je ne savais rien de London Boulevard en entrant dans la salle. Me voilà donc installé dans mon fauteuil, ne sachant pas à quoi m’attendre. Une heure passe, et je ne sais toujours pas plus où William Monahan veut en venir. C’est donc l’histoire d’un mec qui sort de prison et qui va vivre avec un ancien ami voyou et se laisser entrainer dans ses combines ; puis qui va en parallèle bosser pour une star de cinéma dont il tombera amoureux ; tout en voulant venger la mort d’un sdf ; avant de se faire repérer par un parrain de la mafia. Voilà pour résumer le grand bourbier qu’est London Boulevard. D’accord tout ça va se rejoindre à la fin (et heureusement !) mais tout le film est parasité par cette impression d’une histoire qui ne se tient pas, et qui part dans tous les sens, sans une réelle trame bien définie. Du coup, on s’ennuie. D’autant qu’il n’y a rien de bien original dans ce scénario ultra-classique de gangsters et de règlements de compte.

Si déjà sur le fond, le pourtant pas mauvais scénariste (Les Infiltrés donc, mais aussi Mensonges d’Etat) William Monahan déçoit, pour sa première réalisation, il se perd aussi dans la forme. On ne sait jamais vraiment quel ton il veut adopter. Le plus souvent noir, le film lorgne aussi parfois vers la comédie et la dérision, mais tombe alors complétement à plat, car noyé au milieu de quelque chose de trop sérieux. Sans parler d’une histoire d’amour qui ne touche jamais car bien trop prévisible et trop peu développée. Les scènes intimistes sont en plus d’un cliché poussé à l’extrême. Bref même par sa mise en scène, Monahan n’arrive pas à dynamiser son scénario déjà bien maigre. Reste que le réalisateur s’avère être un directeur d’acteur assez efficace. Il faut dire qu’il est plutôt pas mal entouré.

Car oui, le casting sauve un peu le film. Colin Farrell, s’il ne trouve pas là son plus grand rôle, est encore une fois crédible dans ce personnage déprimé qui fait toujours la gueule. Passons sur Keira Knightley, reléguée pour la seconde fois cette année après Never let me go, au rang de figurante. Ce sont finalement les seconds rôles qui convainquent le plus. A commencer par David Thewlis et Anna Friel, excellents en drogués et alcoolisés chroniques complétement à côté de leurs pompes, ou encore Ben Chaplin en malfrat loser. Mais le casting est une maigre compensation face au désastreux ennui que provoque London Boulevard.


Minuit à Paris

Midnight in Paris
De Woody Allen
Sortie le 11 mai 2011

Ca vaut le détour

Minuit à Paris est un peu la version cinématographique du « Paris by night » des cartes postales. En bon américain, Woody Allen offre une vision fantasmée de Paris. Paris, ville romantique qui va transformer la vie amoureuse de son héros. Paris, ville artistique où ce même héros va retrouver son inspiration. Mais surtout, Paris nostalgique, au fil de balades nocturnes, où l’on croise les fantômes d’autrefois. Dans les mains de beaucoup le voyage aurait rapidement tourné au naufrage, mais avec Woody Allen, il prend une dimension onirique qui finit par nous transporter.

D’autant qu’Allen aborde des thèmes qui se veulent personnels. Arrivé à un certain âge, le réalisateur se confronte à la fuite du temps. Et si au premier abord, le passé semble l’emporter par sa douce nostalgie, au final Allen choisit de vivre avec son temps et de ne prendre dans le passé que les indéfectibles traces qu’il a laissé sur le présent. Il personnalise encore plus son propos, en le mettant en parallèle avec un de ses thèmes favoris, l’art. Allen rend hommage à ceux qui ont compté pour lui et qui ont participé à construire l’artiste qu’il est devenu. L’art se nourrit des courants passés pour perpétuellement se renouveler et faire de l’art d’aujourd’hui une influence sur celui de demain.

Si on finit par se laisser porter par la rêverie de Woody Allen, force est quand même de constater que cela prend un peu de temps. Après une introduction typiquement made in Woody et une première nuit où l’effet de surprise fonctionne à merveille, le milieu du film se répète un peu et on s’ennuierait presque. Mais la dernière demi-heure l’emporte et on ressort de la salle avec le sourire. D’autant qu’on est au passage à nouveau tomber sous le charme de Marion Cotillard, envoutante. On retrouve aussi un Owen Wilson, comme on aime le voir, à cent lieues des grosses comédies américaines. Les seconds rôles sont plus que jamais succulents, et on se régale de la flopée de stars réunie par Allen.

Malgré quelques fausses notes, Woody Allen revient en forme après un précédent opus décevant, et livre une jolie fable dans un Paris fantasmé.


Le Complexe du Castor

The Beaver
De Jodie Foster
Sortie le 25 mai 2011

Ca vaut le détour

Les trois premiers paragraphes révèlent pas mal d’éléments sur la construction du film, ce qui pourrait gâcher le plaisir de celui qui voudrait découvrir le film avec un œil totalement neuf.

Un film sur la dépression, plutôt casse-gueule comme sujet. Et pourtant Jodie Foster relève le défi haut la main, grâce à cette marionnette, aussi attachante et drôle au début, qu’elle en devient par la suite intrigante puis terrorisante. Et c’est parce que le film suit le même parcours que cette peluche (ou l’inverse en fait) et se renouvelle à chaque instant, que le spectateur est de plus en plus capter par un thème qui aurait pu vite lui plomber le moral et perdre son adhésion.

Après une exposition assez rude sur une famille en pleine crise, entre un père suicidaire, une mère désemparée, un aîné qui tend à suivre le même chemin que son père, et un cadet renfermé sur lui-même, Jodie Foster choisit la carte de l’accalmie lors de la première partie du film, avec l’arrivée de ce castor à la bouille plutôt attachante et à l’humour qui fait souvent mouche. Dans un climat plus ou moins apaisé, le spectateur peut faire connaissance et se prendre de sympathie pour cette famille pourtant au bord de la rupture. Mais derrière ce climat redevenu faussement paisible, on sent, comme la mère, que tout n’est que mis en sourdine, et que le petit rongeur, s’il permet au père de communiquer à nouveau avec le monde, n’est en fait qu’un masque qui l’empêche de se confronter directement avec la réalité.

Puis c’est la rupture, la famille éclate à nouveau, le père subit petit à petit le revers de son propre mensonge et finit par sombrer dans une schizophrénie que l’on sentait sommeiller depuis longtemps. Le film prend aux tripes, déstabilise jusqu’à la scène du garage, véritable choc, ultime recours pour un père qui doit à nouveau se confronter à la réalité. La dernière partie du film se veut celle de l’acceptation de la maladie, de soi, et de la potentielle reconstruction de cette famille. Et au spectateur de ne pouvoir retenir son émotion.

D’un scénario intelligent et brillamment écrit et construit, Jodie Foster fait un film fort et émouvant, en y apportant toute la sensibilité qu’on lui connaît. Un film sur la dépression, mais aussi sur le propre de l’homme de se cacher derrière un masque (la castor pour le père ; le rôle de nègre ou la comparaison à son père pour le fils), la difficulté de se confronter à la réalité, la solitude et le besoin des autres. Un film poignant porté par des acteurs au sommet de leur art. Mel Gibson signe sans doute sa plus belle prestation, et donne vie à deux personnages à la fois, ce père perdu dans sa vie et cette marionnette qui vit complètement par lui et la caméra de Jodie Foster. Jodie Foster justement, qui endosse sans problème la double casquette de réalisatrice-actrice, et est tout simplement déchirante en femme aimante mais désemparée. Anton Yelchine et Jennifer Lawrence, déjà remarquables dans, respectivement, Alpha dog et Winter’s Bone, confirment leur statut de jeunes acteurs à suivre.

Jodie Foster signe un film poignant et puissant sur la difficulté de s’accepter et de se confronter au monde, et offre à Mel Gibson son plus beau rôle depuis longtemps.


La Conquête

De Xavier Durringer
Sortie le 18 mai 2011

Dans la moyenne

Sélection du festival de printemps de Chris oblige, me voilà contraint à écrire une critique sur un film pour lequel je n’ai finalement pas grand chose à dire…

Dès le début, par cette phrase « Bien qu’inspiré de faits et de personnages réels, ce film est une pure fiction », le spectateur est prévenu, La Conquête reprendra bien les faits principaux de l’ascension à la présidence de Nicolas Sarkozy, connus de tous, mais pour ce qui est des coulisses secrètes et des faits personnels ce ne sera que pure imagination, sans réelle prise de position. La démarche de Durringer est finalement plus honnête que de prétendre dire la totale vérité sur un monde et des personnes dont il ne connaît pas plus de choses que le spectateur français moyen. Maintenant quel est alors l’intérêt de faire un film là-dessus ? D’autant que le potentiel cinématographique de La Conquête est finalement assez limité.

Prenons donc le film comme une simple comédie plutôt sympathique sur le pouvoir, aux répliques assez savoureuses, et où les comédiens semblent s’éclater tout en restant toujours à la limite pour ne pas sombrer dans la caricature. Le choix de raconter des faits réels permet au moins au scénario de tenir la route (ce qui n’est pas toujours le cas dans les films politiques), et par le côté récent des événements de permettre au spectateur de se sentir plus concerné. Et puis c’est surtout un bon coup de pub pour le film, qui crée ainsi ce qu’on appelle aujourd’hui le buzz. Mais comme tous les buzz sont éphémères, il est fort à parier que d’ici quelques mois tout le monde aura oublié La Conquête


Le Gamin au vélo

De Jean-Pierre et Luc Dardenne
Sortie le 18 mai 2011

Dans la moyenne

Cyril, 12 ans, récent pensionnaire d’un foyer pour enfants, ne veut qu’une chose : retrouver son père. Il fugue donc jusqu’à son ancienne adresse dans l’espoir vain d’y trouver quelque chose. Lorsque les éducateurs le retrouvent, il tape une crise et s’agrippe à la première femme qui passe par là. Ils n’échangent pas un mot, mais ça n’empêche pas cette très gentille jeune femme de lui rendre visite quelques jours plus tard à son centre, avec un très beau cadeau : le vélo que son père avait vendu et qu’elle vient de racheter. Cinq minutes plus tard, la toujours très gentille jeune femme accepte d’être la famille d’accueil du gamin pour les week-ends. C’est beau le cinéma, on peut se permettre toutes les invraisemblances que l’on veut. Le problème c’est que d’une part ça décrédibilise un film qui veut s’inscrire dans un réalisme social, ensuite les nombreuses ellipses du film vont fortement impacter sur l’émotion et l’attachement aux personnages. Les Dardenne vont trop vite et oublient tous les premiers instants entre les deux protagonistes qui permettraient d’expliquer leur attachement l’un à l’autre, mais aussi au spectateur de tisser plus facilement un lien avec eux. Le film prenant par ailleurs son temps, ce choix est d’autant plus surprenant.

Les Dardenne arrivent quand même à convaincre dans le portrait de cet enfant en pleine déroute affective, bien que finalement assez classique. Ils arrivent à nous toucher parfois avec de petites choses, et réussissent notamment parfaitement les suites de l’agression qui sonne comme un électrochoc à l’origine de la rédemption de Cyril. Dommage qu’ils se noient dans un épilogue inutile et qui tâcherait même leur propos, lorsque l’agresseur devient la victime, et les victimes les méchants.

Les réalisateurs font par contre preuve d’une grande maîtrise dans la mise en scène, toute en discrétion et dévolue aux personnages et à leurs interprètes, Thomas Doret et Cécile de France, tous deux impeccables. Il est alors d’autant plus regrettable avec de telles interprétations et une grande direction d’acteurs, que le film ne touche pas plus que ça…


The Tree of Life

De Terrence Malick
Sortie le 17 mai 2011

A voir absolument

The Tree of Life est une sorte de poème sur la vie. La vie au sens global du terme, mais également comme individualité. Les origines du monde et de l’humanité se mêlent donc à la construction d’un homme, à la quête de soi. La beauté de la nature répond à la complexité de l’Homme, d’un homme, et inversement. Et comme Malick n’est pas réalisateur à faire des concessions, sa philosophie risque fort de diviser. Il marque clairement son opinion sur la foi, la recherche de Dieu, le chemin qui mène à la croyance, quitte à nager à contre-courant de la mode et à laisser une partie des spectateurs sur la touche. Malick se fait le porte parole de l’Amour, le clame haut et fort, quitte à parfois manquer de subtilité (la rédemption du père) et verser dans le (trop) bon sentiment. Malgré quelques maladresses, Malick séduit sur le fond par l’universalité de son propos, finalement bien plus abordable qu’il n’y paraît.

Car en définitive, c’est plus sur la forme que le film peut rebuter. Malick, fidèle à ses habitudes, étend sur plus de deux heures un scénario qui tient sur deux pages. Mais cette fois-ci la narration se veut plus complexe et déroutante. Immanquablement, un certain nombre ne résistent pas à la première demi-heure, et quittent la salle. Les autres plongent corps et âme dans ce poème visuel et auditif, qui se regarde comme on feuillette un livre d’images ou de photographies. Chaque plan est des plus beaux et saura ravir tous les amateurs d’esthétisme visuel. Malick et son directeur photo, Emmanuel Lubezki, font des merveilles et filment comme personne la nature, mais aussi les regards, les visages, les émotions. Les images ne vont jamais sans la musique chez Malick, et dansent donc sur un ensemble de morceaux précieusement choisis, sur les subtiles notes de Desplat, ou encore sur les simples murmurent de la nature.

Pour les acteurs, rude est la tâche. Loin de rôles classiques, ils doivent ici essentiellement se fondre dans les images. Cela vaut surtout pour Jessica Chastain et Sean Penn, dans des prestations quasi muettes, mais non moins dénuées de sens. Le jeune Hunter McCracken étonne par sa maturité et porte une bonne partie du film. Brad Pitt assure quant à lui toute la complexité et l’ambivalence de son rôle.

Un poème cinématographique troublant, d’une splendeur visuelle rare, qui saura tout autant subjuguer les uns qu’ennuyer les autres.