Festival d’été 2011

We need to talk about Kevin

De Lynne Ramsay
Sortie le 28 septembre 2011

A voir absolument

Avec son nouveau film, Lynne Ramsay livre une véritable petite bombe, qui commence comme un drame familial pour petit à petit se transformer en un tétanisant thriller à la violence psychologique rare. Très habilement structuré, le film plonge littéralement le spectateur au cœur des souvenirs de cette mère empreinte à tous les remords et qui tente de disséquer sa relation avec son fils pour comprendre comment celui-ci a pu en arriver à commettre un tel acte (que je tairai volontairement ici).

Dans ces méandres de la mémoire, Lynne Ramsay exploite très judicieusement un ressort traditionnellement utilisé dans le cinéma fantastique qui consiste à semer le doute dans la tête du spectateur : réalité ou paranoïa d’une mère déboussolée ? Ainsi l’impensable atrocité de nombreuses séquences devient totalement plausible pour le spectateur. D’une manière générale, la réalisatrice livre d’ailleurs une mise en scène impeccable. Pourtant tourné en peu de temps (trente jours), le film regorge de plans très intelligemment structurés, avec une utilisation récurrente des correspondances, soulignant la relation qu’entretiennent la mère et le fils, ou reliant les époques. Le parfait montage crée également très habilement les mêmes liens et arrive surtout à faire naître une tension au départ absente du film, mais qui noue de plus en plus la gorge du spectateur au fur et à mesure que la mère sent l’étau se resserrer. Lynne Ramsay s’est également énormément penché sur le son et l’utilisation de musique an-empathique pour créer une atmosphère particulière.

Mais que serait tout ce minutieux travail de réalisation sans un casting parfait ? Et là je rejoindrais la horde de journalistes qui auraient préféré voir décerner le prix d’interprétation à Tilda Swinton, absolument bouleversante dans ce rôle de mère sans instinct maternel, chez laquelle les sentiments d’amour et de haine à l’égard de son fils s’entrechoquent à chaque instant. Ezra Miller et Jasper Newell, les deux interprètes de Kevin, sont eux aussi époustouflants, et arrivent à vous refroidir en un regard, tout en teintant par moment leur jeu d’une humanité qui déstabilise le spectateur comme elle déstabilise la mère dans le film.

Mais comment Robert De Niro et son jury ont-ils pu oublier We need to talk about Kevin au palmarès du dernier Festival de Cannes ???


L’Apollonide – Souvenirs de la maison close

De Bertrand Bonello
Sortie le 21 septembre

Ca vaut le détour

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello dresse le tableau d’un maison close à la fin du XIXe siècle. Au sens propre tout d’abord, tant chaque plan est soigné, de la recherche du cadre à sa structure, en passant bien sûr par un magnifique travail sur la lumière. Mais au sens figuré également, Bonello cherchant plus à retranscrire une ambiance, à travers des tranches de vies, des instants volés au sein de cet établissement. On pourrait presque parler de L’Apollonide comme d’un docu-fiction. Et de ce point de vue, le réalisateur réussi parfaitement son entreprise, retranscrivant parfaitement ce que devait être la vie à l’intérieur d’un bordel. Sans jamais prendre parti, ni verser dans l’érotisme, il décrit les difficultés et parfois les joies de ce milieu.

Oui mais voilà, au final ressort essentiellement la monotonie qui devait régner dans cette Apollonide. Certes le film retranscrit admirablement ce sentiment d’être coupé du monde, et d’éternel recommencement du métier de prostitué, cette impression (non sans fondement) qu’elles ne sortiront jamais de cette « prison », mais Bonello semble oublier qu’on est au cinéma. En délaissant toute trame dramatique et émotionnelle, le réalisateur finit par perdre son spectateur qui commence à trouver le temps long. C’est bien dommage car tout le reste de l’entreprise est particulièrement brillant.


Restless

De Gus Van Sant
Sortie le 21 septembre 2011 (avant-première)

A voir absolument

Avec son histoire d’amour condamnée à finir précocement et son sentimentalisme exacerbé, Restless est un pur mélodrame qui assume totalement de respecter les codes du genre. Cependant il va au-delà, et s’avère être une dissertation très juste sur la vie et la mort, sur le rapport de chacun à cette dernière. Loin des clichés habituels des ados au cinéma, le scénariste Jason Lew dresse le portrait de deux jeunes, déjà marqués par les épreuves, en marge de leur génération et qui entretiennent une relation particulière avec la mort. Leur rencontre, archétype du premier amour, va en quelque sorte les ramener dans le droit chemin d’une vie dont il ne faut gâcher aucun instant.

Avec un tel scénario, très bien écrit, mais toujours sur le fil du rasoir, nombre de réalisateurs se seraient cassés le nez et auraient sombré dans le pathos larmoyant. Avec Gus Van Sant, il n’en est rien. Il capte parfaitement l’essence de cette histoire, toujours à la limite de la vie et de la mort. Il mêle très habilement la dureté de l’épreuve vécue par les deux adolescents à la fraîcheur des premières amours, et berce son film d’un climat de douceur et de poésie dont il a le secret. Les images de Harris Savides sont d’une beauté absolue, souvent teintées d’une lumière habilement feutrée. La musique de Danny Elfman apporte une magnifique touche de fantaisie dans les instants les plus graves. Et surtout Henry Hopper et Mia Wasikowska illuminent l’écran de leurs sourires et leurs regards. Leur complicité évidente transcende chaque plan et font de leur couple l’un des plus beaux du cinéma de ces dernières années.


La Fée

De Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Sortie le 14 septembre 2011

Loin d’être indispensable

Tout d’abord je tiens à ne pas remercier Chris d’avoir sélectionné La Fée pour son festival d’été. Disons juste que je ne suis pas très adepte de l’humour de clown, qui a plus tendance à m’exaspérer qu’à me faire rire. Bref, tout ça pour dire que je ne peux accorder ne serait-ce que la moyenne au film, et ce pour une raison totalement subjective. Mais en bon critique, je vais tenter de nuancer tout ça avec un minimum d’objectivité.

L’humour burlesque est un genre difficile au cinéma car il tend assez facilement à basculer vers le théâtre filmé. Un sentiment inévitable tant le surjeu imposé par ce style convient nettement plus au théâtre qu’au cinéma. Abel, Gordon et Romy n’évite pas cet écueil, et vont même jusqu’à l’amplifier par une mise en scène faite de bric et de broc. Certes cela convient parfaitement au genre, et c’est même plutôt réussi, mais l’outil cinéma est-il alors le meilleur support à ce qui semble plus être destiné aux planches ? Question de goût encore une fois. Cependant, on ne peut pas reprocher un manque d’inventivité aux auteurs, qui fourmillent d’idées qui raviront sans aucun doute les adeptes du genre. Mais un trop plein d’imagination peut aussi s’avérer un défaut. Les auteurs ont du mal à canaliser leur créativité et tendent à partir dans tous les sens au grès de leurs envies, sans chercher à donner une unité à l’ensemble. Quant à l’humour, il respecte la tradition du genre, on en fait des tonnes, ça dure quatre plombes, mais ça fait parfois mouche et j’ai moi-même senti le sourire titiller mes lèvres à plusieurs reprises, donc finalement c’est que le film n’est peut-être pas si loupé que ça…


Crazy, Stupid, Love.

De John Regua et Glenn Ficarra
Sortie le 14 septembre 2011

Ca vaut le détour

Au premier abord, Crazy, Stupid, Love. a tout de la classique comédie romantique. C’est vrai qu’elle en respecte tous les codes, que l’histoire semble vue et revue. Et pourtant on tombe rapidement sous le charme de cette comédie américaine, certes traditionnelle, mais qui tend quand même vers le film indépendant, notamment dans sa façon de dresser les portraits de personnages très attachants. Du coup, le spectateur se sent plus investi émotionnellement dans l’histoire, et ne peut que se laisser transporter. Il faut dire aussi que les deux réalisateurs (à qui l’ont doit déjà le plutôt réussi I love you Phillip Morris) mènent sacrément bien leur barque. Si on peut leur reprocher un départ un peu longuet, ils gèrent ensuite parfaitement leur rythme, alternant efficacement humour et jolis moments plus touchants. Le spectateur qui s’immergera totalement dans l’histoire, se laissera même surprendre par une ou deux révélations, pourtant assez décelables si on y réfléchit bien. Le film monte ainsi crescendo jusqu’à atteindre son apogée dans une succulente dernière partie (la scène dans le jardin est génialissime !), même si elle n’évite pas l’indispensable morale finale. Si ce Crazy, Stupid, Love. fonctionne aussi bien, c’est aussi en grande partie grâce à des comédiens totalement investis dans leur rôle, et qui trouvent toujours le ton juste entre humour et humanité, deux valeurs indispensables à toute bonne comédie. Et le spectateur de sortir de la salle le sourire aux lèvres. Pari gagné !


Habemus Papam

De Nanni Moretti
Sortie le 7 septembre 2011

Pas grand-chose à sauver

« Vide » est le terme qui semble le plus convenir pour qualifier le dernier film de Nanni Moretti. Pourtant, l’idée de départ était bonne, et offrait matière à creuser. Le premier quart d’heure est bercé par une délicieuse atmosphère où règne un mélange d’humour, de dérision et de gravité. On y voit des cardinaux qui prient pour ne pas être élus à la place suprême, un vainqueur qui fuit lorsqu’il se rend compte de l’immense responsabilité qui lui incombe désormais, et le Vatican qui décide d’engager un psy pour le sortir de cette crise. Tout ça met l’eau à la bouche, mais bon, c’était déjà dans la bande-annonce, donc on n’attend plus qu’une chose, que le film décolle. Attente bien vaine… Car Nanni Moretti tourne en rond, ne fait que répéter la même chose, et reste désespérément en surface. Du coup, l’ennui gagne au point, j’avoue, de piquer du nez…

Pourtant, le réalisateur introduit des notions qui auraient pu être intéressantes, comme la confrontation de la psychologie et de la religion. Le sujet sera à peine effleuré et juste utilisé comme outil comique (certes réussi) lors de deux ou trois scènes. Certains me diront que ce n’est pas le sujet du film. Je suis d’accord mais alors pourquoi la présence de ce psychologue pendant tout le film ? Juste prétexte à donner un rôle à Moretti et à l’organisation d’un tournoi de volley entre cardinaux (si, si !) ?

La fugue du futur Pape dans Rome est plus réussie, et crée une certaine intimité entre le spectateur et cet homme qui cherche un sens à sa vie (interprété au passage par un brillant Piccoli, tout en nuance). Mais là encore, Moretti reste en surface. Cette escapade aurait pu être le moyen d’explorer plus en profondeur le retour à la réalité et la confrontation au monde de cet homme d’Eglise de haut rang. Le réalisateur lui préfère le monde plus onirique du théâtre, idée pas forcément très originale mais pas non plus mauvaise car créant un certain décalage avec la religion. Mais encore une fois les intentions de Moretti restent assez floues et limitées.

Le film se poursuit ainsi, en demi-teinte, à force de successions de scènes pas toujours raccord les unes avec les autres. Le réalisateur semble meubler comme il peut pour tenir une durée raisonnable. Heureusement la dernière séquence donne une certaine force au final du film, en grande partie grâce à l’interprétation de Piccoli. Mais ça ne suffit pas à rattraper un film dans l’ensemble plat et ennuyeux.


La Guerre est déclarée

De Valérie Donzelli
Sortie le 31 août 2011

La crème de la crème

Après trois longs mois d’attente depuis la standing ovation cannoise, après avoir vu les éloges fleurir un peu partout, après avoir fait le maximum pour en savoir le minimum, me voilà enfin prêt à découvrir LE film français de l’année, excité mais redoutant également la possible déception. Une heure quarante plus tard, les frissons qui parcourent mon corps signent le verdict : La Guerre est déclarée a remporté sa victoire haut la main.

Sujet pourtant rabattu maintes fois au cinéma, la maladie, a fortiori celle d’un nourrisson, prend une dimension nouvelle sous la plume de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm. Plutôt que de l’aborder directement, les auteurs choisissent l’angle indirect des parents, et des répercutions de la maladie de leur enfant sur leur couple et leur vie. Ainsi, en évitant tout pathos exacerbé à base de perfs, de chimio ou de vomissements (ou alors sur le ton de l’humour), le film touche paradoxalement plus, en insistant sur le quotidien, sur les « à côté » de la maladie, beaucoup plus proches du commun des spectateurs, qui se sent alors totalement impliqué et peut faire corps avec le couple.

Un pathos également écarté par le choix même du couple de déclarer la guerre à la maladie, plutôt que de la voir comme une fatalité. Ce combat pour la vie est parfaitement retranscrit par le scénario et la mise en scène. Dans l’exercice délicat de l’équilibre entre rires et larmes, La Guerre est déclarée se présente comme un exemple parfait digne de figurer dans les manuels de cinéma. Autant dans l’écriture et ses répliques mordantes (« C’est le festival des conneries », l’expiation des peurs avant l’opération, les parents de Juliette) ou déchirantes (« Tu m’impressionnes Adam » et la scène bouleversante du carnet, « Pourquoi c’est tombé sur nous ? – Parce qu’on est capable de surmonter ça ») que dans le rythme et l’enchainement délicat de l’humour et de l’émotion, le film trouve toujours le ton juste. Le rire apparaît comme un exutoire pour le spectateur, comme pour le couple, mais nourrit également l’émotion, qui en ressort amplifiée et nous frappe de plein fouet.

Toujours dans le mélange des genres, le film navigue en permanence entre le réalisme et la fantaisie. Encore une fois chacun se nourrit de l’autre. Le côté « fable » adoucit la réalité autant qu’il renforce son atrocité. Valérie Donzelli utilise parfaitement l’outil cinématographique pour transformer la réalité sans la renier. Au côté presque documentaire imposé par le choix de tourner avec un appareil photo en lumière naturelle et dans des décors réels, s’opposent nombreuses fantaisies comme la séquence chantée, la prédominance de la musique additionnelle ou certaines scènes presque irréelles (la « course » dans l’hôpital, la chute et le « sauvetage » qui suit). L’aspect de conte ressort également par le biais de l’utilisation d’un narrateur à la Amélie Poulain. Les prénoms Roméo, Juliette et Adam ramène à l’imaginaire, tandis que la conservation des noms propres renvoie à la part autobiographique. Le point de vue réaliste passe aussi par la représentation fidèle du milieu hospitalier et de la relation entre un personnel soignant souvent froid et distant, et des patients et familles logiquement égoïstes.

La Guerre est déclarée est donc la petite pépite de la rentrée, à la fois véritable objet de cinéma, dont il sait utiliser tout le potentiel, et véritable hymne à la vie, qui transporte le spectateur dans une torrent d’émotions de la première à la dernière minute.


Les Bien-Aimés

De Christophe Honoré
Sortie le 24 août 2011

Ca vaut le détour

Les Bien-aimés s’ouvrent sur une boutique de chaussures dans les années 60, qui n’est pas sans rappeler celle des Parapluies de Cherbourg. La bonne nouvelle c’est qu’Honoré a réussi a conservé le mélange subtile de légèreté et de gravité qui caractérise le style de Demy. Serait-ce un sacrilège de dire qu’il y arrive même mieux ?

La première partie, en dressant le portrait d’une jeune fille un brin volage qui semble vivre au grès de ses coups de cœur et coups de gueule, fait la part belle à la légèreté, la gravité n’apparaissant alors que par petites touches. Une introduction un brin trop classique où l’on s’ennuierait presque sans le charme de Ludivine Sagnier et les magnifiques compositions d’Alex Beaupain qui en disent plus que les séquences jouées. Le tout est gentillet, et rappelle bien les comédies musicales des années 60, mais on en attend plus de l’auteur des Chansons d’amour. Cependant, on comprendra plus tard que le réalisateur pose dans cette introduction toutes les bases des destinés amoureuses de cette jeune fille devenue mère et de sa fille. Une idée déjà présente dans la séquence de rupture entre les époques, qui tisse un lien entre les années et entre la mère et sa fille. Une magnifique séquence qui crée aussi une rupture dans le style du film, qui va peu à peu pencher vers la gravité et distiller la légèreté en gouttes de plus en plus fines. Par des portraits subtils de personnages en proie avec leurs sentiments, par des textes et des dialogues minutieusement écrits, par des excès dramatiques propres au cinéma, Honoré argumente et questionne sur l’amour, sur le fait d’aimer et d’être aimé. Il clôt son discours par deux finals magistraux, un pour chacun des deux personnages principaux. (Spoiler dans la fin du paragraphe) Véra décide de mettre fin à ses jours après avoir obtenu le moment de tendresse avec l’être aimé, but ultime de sa vie. Madeleine tire le bilan de sa vie pour voir que rien n’a changé depuis le début, et qu’elle n’a toujours aimé qu’un seul homme. Ces deux séquences, où la mise en scène et la musique épousent parfaitement l’émotion, sont les deux piliers qui donnent son sens à l’ensemble du film.

Après Les Chansons d’amour, Honoré prouve une nouvelle fois qu’il maîtrise parfaitement l’art (délicat) de la comédie musicale. Il utilise les chansons pour s’immiscer dans la tête de ses personnages, le plus souvent lorsque ceux-ci déambulent dans les rues, flâneries propices à la réflexion sur soi. Mais le mérite revient aussi grandement à Alex Beaupain, qui sait admirablement mettre en paroles et musiques les émotions des personnages. Honoré excelle également encore une fois dans la direction d’acteurs. La plus belle surprise en termes de casting est sans doute la magnifique harmonie qu’ont réussi à créer Ludivine Sagnier et Catherine Deneuve, ne donnant naissant qu’à un seul et unique personnage, comme cela a rarement été fait. Chiara Mastroianni a également su saisir et retransmettre toute la complexité de son personnage, sans doute le plus torturé du film. Les hommes, quant à eux, supportent comme il se doit ce superbe trio féminin.

Honoré livre avec Les Bien-Aimés une sublime réflexion sur l’amour, certes moins spontanée que Les Chansons d’amour, mais plus mature, et portée par trois actrices magnifiques.


La Piel que Habito

De Pedro Almodóvar
Sortie le 17 août 2011

Ca vaut le détour

Avec La Piel que Habito, Almodóvar réinvente à sa sauce le mythe du savant fou et de sa créature. Il l’ancre dans un côté plus réaliste que fantastique (si les expériences médicales ne sont pas encore possible aujourd’hui, elles pourraient l’être dans un futur proche), s’intéresse à la psychologie du médecin et de son « rat de laboratoire », ainsi qu’aux complexes relations qui les unissent. Le réalisateur aborde les thèmes de l’identité, du rapport à l’humanité, de la recherche de la maîtrise totale, ou encore des possibilités de dérive de la bioéthique…  Il saupoudre le tout d’un thriller dont le twist central est rapidement prévisible, mais n’en est pas moi glaçant et déroutant.

Almodóvar adopte une mise en scène en parfaite adéquation avec l’interprétation de son acteur principal, Antonio Banderas, froide, presque chirurgicale, créant une certaine distance avec le spectateur, comme le rapport qu’entretient cet étrange docteur avec le reste du monde, avec l’humanité. Mal à l’aise, le spectateur pourrait ainsi reprocher au réalisateur un manque d’émotion. Et pourtant ce parti pris convient parfaitement à la personnalité du médecin qui, obnubilé par la recherche de perfection dans son œuvre, ne peut finalement que la réussir physiquement, restant impuissant dans la capacité à faire naître ou non un sentiment chez la jeune femme. Ainsi si le réalisateur travaille formellement son film dans le moindre détail, il réserve les émotions pour les seuls moments (dont le final) ou les personnages vraiment humanisés.

Assez déroutant au premier abord (notamment à cause d’une première partie un peu trop excentrique et dispensable), La Piel que Habito est typiquement un film qu’il faut laisser décanter pour en apprécier toute la saveur et l’intelligence.


Melancholia

De Lars Von Trier
Sortie le 10 août 2011 (avant-première)

Dans la moyenne

Précédé d’une bonne presse cannoise (le film, pas son réalisateur) et prix d’interprétation pour Kristen Dunst, on peut dire que Melancholia faisait incontestablement partie des grandes attentes post-Cannes. Pourtant à la sortie de la salle, c’est plus l’impression d’être passé à côté d’un très grand film qui prédomine.

Commençons par le meilleur. Sur le fond, rien à redire, Lars Von Trier signe un film très riche, aux multiples niveaux de lecture et où la réflexion et l’émotion pure cohabitent magnifiquement. Par le biais de deux sœurs que tout oppose (mais réunies par un amour certain), il distille les réactions de l’Homme face à une fin du monde programmée, et à la mort en général. L’une se laissant porter, trouvant là une délivrance, l’autre effrayée, voulant garder espoir jusqu’au bout. Melancholia se veut aussi une parabole sur la dépression et les maux de la vie. De la même manière les visions des deux sœurs s’opposent, l’une abandonnant toute tentative de se battre et ne trouvant comme seule issue la mort, l’autre tentant à tout prix de (re)construire quelque chose. Incontestablement Melancholia porte l’empreinte de son réalisateur, est le reflet de sa vision du monde et de la vie. Mais s’il est indéniable qu’il se retrouve plus dans le personnage interprété par Kristen Dunst, il nuance parfaitement son propos par le biais de celui de Charlotte Gainsbourg. Il doit d’ailleurs beaucoup à ses deux actrices qui donnent admirablement corps à ses maux. Elles auraient d’ailleurs pu partager le prix d’interprétation à elles deux. Le casting des seconds rôles les supporte brillamment, Kiefer Sutherland et Alexander Skarsgård en tête.

Mais Lars Von Trier pèche peut-être par excès. En raccourcissant son film d’une bonne demi-heure, il aurait surement évité bon nombre de bâillements (voir de ronflements) dans la salle. Notamment dans la première partie, qui finit par tourner en rond, et dont certaines intrigues et personnages secondaires ne sont pas indispensables. Heureusement il rattrape cette erreur de rythme dans une deuxième partie qui rentre plus dans le cœur du sujet. Pour terminer avec un bouleversant final en apothéose. L’autre problème se pose, par certains moments, sur la forme. Von Trier use et abuse de la caméra à l’épaule. Si elle se justifie dans certaines scènes (notamment dans la précipitation finale), elle ne sert le plus souvent qu’à donner la nausée et à agresser la pupille du spectateur (voir les scènes de mariage). Un choix d’autant plus regrettable que le réalisateur fait des merveilles quand il s’adonne aux plans cadrés avec minutie (il n’y a qu’à regarder la séquence d’introduction sous forme de tableaux).

Ce Melancholia reste donc une semi-déception, peut-être aussi désavantagé par une sortie estivale, période plus propice aux blockbusters divertissants, qu’aux films dépressifs…