Noël

The ultimate rom-com. Actually.

love actuallyRichard Curtis peut clairement être qualifié de maître de la comédie romantique made in England. Non content d’avoir régner sur le genre dans les années 90, en signant les scénarii de Quatre mariages et un enterrement et Coup de foudre à Notting Hill, lorsqu’il passe à la réalisation au début des années 2000 avec Love Actually, c’est tout simplement pour redonner un nouveau souffle à la rom-com. Depuis le genre semble à nouveau endormi, entre pâles copies hollywoodienne et résidus des années 90. Seul le cinéma indépendant américain a su réinventer le genre mais en prenant de grandes distances avec ses codes.

La force de Love Actually est justement de respecter totalement le cahier des charges de la comédie romantique, lui permettant ainsi d’être clairement assimilé au genre, mais en transformant totalement sa structure, au point même de l’améliorer. Pour dynamiser le style, Richard Curtis opte effectivement pour le film choral. Un pari plutôt audacieux quand on sait que c’est souvent assez casse-gueule. Mais le résultat est bien là, permettant au film d’échapper au côté factice de la comédie romantique. Un effet habituellement provoqué par l’obligation de faire passer, en à peine 1h30, un seul couple par les multiples étapes d’une relation amoureuse. Du coup l’ensemble est souvent peu crédible et totalement prévisible. Love Actually respecte le mélange humour/larmes de tristesse/larmes de joie mais le répartit sur une multitude de petites histoires, qui gagnent ainsi en réalisme. Des couples se brisent tandis que d’autres se forment et font renaître l’espoir. Les histoires classiques en côtoient d’autres plus originales pour une comédie romantique, qu’elles soient dramatiques ou au contraire complètement loufoques. Love Actually  peut ainsi passer d’une relation entre deux timides acteurs de films érotiques à la celle d’un beau-père avec le fils de sa défunte femme. Si le film parvient aussi bien à faire se répondre de telles histoires c’est justement parce qu’il ne crée pas vraiment de lien entre elles. Là où le film choral part souvent de divers points et tente à tout prix de les faires converger, Love Actually développe des histoires en parallèles qui ne se relient que par l’intermédiaires de personnages mais ne se superposent que rarement. Le montage, brillant, fait ensuite le reste pour apporter chaque ingrédient au bon moment pour que la sauce prenne.

Richard Curtis, on l’aura bien compris, a donc fait du très bon boulot en terme d’écriture tant sur le papier qu’au niveau du montage. Mais pour une première réalisation, s’il reste assez classique dans sa mise en scène, il montre par contre un certain talent dans la direction d’acteurs, tous impeccables. Il faut dire aussi qu’il a réuni la fine fleur du cinéma britannique. Des figures emblématiques du genre (Hugh Grant, Colin Firth) aux grands noms (Liam Neeson, Alan Rickman, Emma Thompson), en passant par la redécouverte Bill Nighy et les guest Rowan Atkinson et Billy Bob Thornton (en américain qui en prend pour son grade). Il met aussi en avant quelques futurs grands comme Keira Knightley, alors à peine sortie de Pirates des Caraïbes, Martin Freeman, dont la carrière vient de prendre un tournant majeur en devenant le Hobbit de Peter Jackson, ou encore le tout jeune Thomas Brodie-Sangster, qui enchaîne aujourd’hui les seconds rôles de qualité notamment en Paul McCartney dans Nowhere Boy.

Enfin, comme tout film britannique et comme toute comédie romantique qui se respecte, Love Actually bénéficie d’une BO pop assez savoureuse à base de Texas, Dido, Justin Timberlake, Norah Jones, The Calling, Maroon 5, Otis Redding, Beach Boys… Ils côtoient la reprise mémorable par Bill Nighy de Love Is All Around des Troggs, mais surtout les thèmes originaux composés par Craig Armstrong, des petites pépites qui viennent amplifier l’émotion de chaque scène, notamment lors de ce final mémorable.

Grâce à tous ces ingrédients, Love Actually s’est imposé en dix ans comme un classique de la comédie romantique et, personnellement, comme l’un de mes indispensables des fêtes de fin d’année. Love is all around, faites passer le message !

Love Actually – De Richard Curtis – Sortie le 3 décembre 2003 étoiles-5

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Hugo Cabret

Hugo
De Martin Scorsese
Sortie le 14 décembre 2011

Lorsque Scorsese décide pour la première fois de sa carrière de s’adresser aux enfants, ce n’est évidemment pas pour faire un film conventionnel. Le réalisateur s’attèle donc à l’adaptation du roman illustré de Brian Selznick, qui n’est autre qu’une initiation du jeune public aux prémices du cinéma. Dès que l’on sait cela, voir Martin Scorsese s’emparer du projet devient une évidence.

La volonté didactique du film est claire mais très finement amenée. Par l’histoire d’abord, structurée à partir d’une énigme qui réside en un mystérieux automate, qui va mener les enfants dans une enquête, qui se transformera bientôt en quête. Hugo Cabret utilise une trame classique des histoires pour enfants, dans laquelle ces derniers deviennent des héros qui finissent par renverser l’ordre établit en étant plus forts que les adultes et en les sauvant. La composante émotionnelle et l’attachement aux personnages jouent aussi un rôle majeur dans l’adhésion des plus jeunes. La mise en scène de Scorsese va également dans le sens d’un divertissement pour enfants, notamment par une photographie particulièrement travaillée et qui transforme la réalité en un univers fantaisiste. Cela se retrouve plus particulièrement dans les couleurs utilisées, qui font plus penser à celles d’un dessin animé qu’à celles d’un film live. Les plans sont également souvent très dynamiques, un effet renforcé par une superbe utilisation de la 3D, notamment dans les premiers plans séquences. Mais Scorsese pose également beaucoup sa caméra pour des instants de contemplation très poétiques, habituellement rares dans les films pour enfants. D’ailleurs s’il y avait un reproche à faire à Hugo Cabret, ce serait peut-être sa longueur (due à certaines histoires annexes pas indispensables) qui pourra être un frein pour les plus jeunes.

Hugo Cabret est donc destiné aux enfants, certes, mais que les plus grands se rassurent, ils ne s’ennuieront pas une minute pendant la projection. Le film se veut bien évidemment une biographie détournée et fantaisiste de Georges Méliès, premier vrai réalisateur de cinéma, qui ravira autant les néophytes que les cinéphiles avertis. En amoureux des débuts du septième art, Scorsese lui rend parfaitement hommage. Une forte nostalgie vient rapidement prendre le spectateur à la gorge pour ne plus le lâcher durant deux heures. Il y a dans Hugo Cabret cette atmosphère si particulière d’un passé révolu, comme dans un roman de Dickens. La mise en scène de Scorsese toujours à la frontière avec la réalité transforme le film en un conte fantaisiste, chose que n’aurait surement pas renié Méliès. Scorsese lui rend directement hommage dans sa réalisation, qui utilise beaucoup les artifices, du plus petit au plus grand, à savoir la 3D, presque indispensable ici pour évoquer le père des effets spéciaux. Une 3D qui offre une profondeur de champ exceptionnelle, et qui est toujours utilisée à bon escient, comme la scène du train fonçant dans la gare, écho directe au film des frères Lumière.

N’y aurait-il pas un peu (beaucoup ?) de Scorsese dans ce jeune Hugo, curieux et admiratif de l’art de la mécanique mais non dénué d’une certaine poésie ? Qui d’autre pouvait alors adapter Hugo Cabret et en faire à la fois une invitation aux enfants à la découverte du septième art, et un vibrant film hommage aux pionniers du cinéma ? Le cadeau cinématographique de Noël.


Tiens, et si on se matait un film pour Noël ?

Après s’être bien rassasier de saumon fumé, de foie gras, de dinde et de buche, plutôt que de vous vautrer dans le canapé et d’entamer votre sieste, pourquoi ne pas se vautrer dans le canapé mais devant un film ? Une petite sélection en fonction des goûts de chacun.

Si vous êtes plutôt :

- animation : « L’étrange Noël de Mr. Jack »

Sans aucun doute le film référence en terme de stop motion. Objet de culte pour beaucoup, il saura ravir petits et grands par sa virtuosité technique, sa beauté visuelle, sa poésie et l’originalité de son histoire. S’il porte indéniablement l’empreinte de Tim Burton, on y retrouve aussi celle de son réalisateur, Henri Selick, qui réitèrera l’exploit avec le superbe « Coraline » en 2009.


 
- comédie romantique : « Love actually »
Mars Distribution
La seule comédie romantique que je peux voir et revoir sans modération. Dans un genre ultra-codifié, « Love actually » est un bulle d’émotions, nous faisant passer du rire aux larmes. Chacun pourra se retrouver dans au moins un des multiples personnages et dans une de leurs histoires qui s’entremêlent. Une réussite complète pour Richard Curtis, qui s’attaque pourtant à deux genres difficiles à réussir : la comédie romantique et le film chorale.

- fantastique : « Gremlins »

C’est tout mignon un mogwai. On rêverait presque tous d’en avoir un. D’autant que c’est pas bien difficile à élever. Y’a juste deux ou trois trucs à savoir, du style ne pas l’exposer à la lumière du jour, ne pas lui faire prendre un bain, ou encore éviter de le nourrir après minuit. Mais visiblement c’est trop dur pour Billy, et c’est toute sa ville qui va en subir les conséquences, et passer des fêtes cauchemardesques ! Avec sa bonne dose d’humour et d’action, « Gremlins » effrayera les plus jeunes, et éclatera les plus grands.

- guerre : « Joyeux Noël »
UGC DistributionNoël 1914. Dans l’enfer des tranchées, rendu encore plus dur par un rude hiver, trois nations vont s’offrir une trêve le temps d’une nuit… Christian Carion ne révolutionne pas le film de guerre mais propose un joli message de paix, servi par un magnifique casting européen.






 

- comédie : « Le Père Noël est une ordure »

Sans doute le film français culte de Noël. Vu et revu, mais c’est toujours une belle tranche de rire. Répliques qui tuent, mauvais goût à tous les niveau, et une troupe du Splendide au sommet de sa forme. Et pour ceux qui seraient las du film, tentez la pièce de théâtre qui vous réservera pas mal de surprises (je la placerai même au dessus du film).





- classique : « La vie est belle »
Swashbuckler Films
Le classique des fêtes outre Atlantique, « La vie est belle » est un message d’espoir comme on aime en voir à Noël, même si il faut attendre la toute fin pour voir la lueur arriver, le chemin vers le bonheur étant plutôt douloureux… (et parfois ennuyeux mais ça c’est que mon avis).






- souvenir d’enfance : « Maman j’ai (encore) raté l’avion ! »

J’ai toujours pas osé revoir « Maman j’ai raté l’avion » aujourd’hui, de peur de tomber de haut. Je préfère garder dans mes souvenir mon regard d’enfant qui s’éclatait devant les aventures de ce mioche livré à lui-même et assez ingénieux pour arriver à vaincre des cambrioleurs. N’empêche on dira ce qu’on voudra mais Macaulay Culkin ça c’était de la star, rien à voir avec Justin Bieber ;)





- action : « Piège de cristal » / « 58 minutes pour vivre »
Collection Christophe L.
Il sont peu nombreux les purs films d’action se déroulant pendant les fêtes. Mais pour ceux qui ne jurent que par le genre, les deux premiers « Die Hard » sont un bon compromis entre une atmosphère festive et une bonne dose d’adrénaline. Une petite préférence pour le deuxième, question ambiance, je préfère Noël sous la neige que sous le soleil de la Californie.





- famille : « C.R.A.Z.Y. »
Océan Films
Zach est né un 25 décembre, du coup sa « fête » passe toujours inaperçue face à Noël. Et c’est à l’image de ce que ressent Zach dans sa famille, toujours à part, cherchant un compromis entre ce qu’il a au fond de lui et ce que les autres (surtout son père) voudraient qu’il soit. Si « C.R.A.Z.Y. » n’est pas par définition un film de Noël, il aborde des thèmes chers à cette fête, que sont la famille et la tolérance. Un chef d’œuvre du cinéma québécois à découvrir.